— Paul Otchakovsky-Laurens

Journée particulière

Célia Houdart

C’est le récit d’une étrange demande que formule un jour un ami photographe, Alain Fonteray, à Célia Houdart : qu’elle écrive le récit d’une rencontre unique, qui le hante. Plusieurs années auparavant, celui-ci croise par hasard dans Paris le grand photographe américain Richard Avedon : dans un café, un homme, assis un peu plus loin, se lève, s’approche d’Alain Fonteray et d’une amie et leur demande s’il peut faire leur portrait. L’inconnu les remercie et s’en va avec une femme rousse. Quelques minutes plus tard, la femme rousse revient dire à Alain Fonteray que l’homme qui les a pris en photo est Richard Avedon. Alain Fonteray, qui...

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La presse

CÉLIA REGARDE ALAIN QUI REGARDE RICHARD

Avec Journée particulière, Célia Houdart confirme toute la grâce assez mystérieuse de son écriture.

C’était un jour d’il y a trente ans dans un café de Paris. Un homme aux cheveux blancs qui s’y trouve en compagnie d’une belle femme rousse s’approche d’une table voisine où le photographe Alain Fonteray est lui-même en compagnie. Il lui demande s’il peut les prendre tous les deux en photo et pour se faire s’empare de l’appareil de Fonteray en précisant savoir parfaitement s’en servir. Celui-ci y consent et s’aperçoit quelques minutes plus tard que l’homme en question est son maître absolu, peut -être le plus grand portraitiste du siècle, Richard Avedon. Alors, à son tour, il va lui demander s’il peut le photographier aussi, lui et sa compagne, Nicole Wisniak, fameuse créatrice du magazine Égoïste.

Les choses auraient pu en rester là. Une belle histoire à raconter, deux clichés à montrer. Sauf qu’il y a dans ces rencontres quelque chose qui participe moins du hasard, fût-il heureux, que d’une forme de magie mystérieuse. C’est pourquoi Alain Fonteray, connu pour être l’un des plus grands photographes de la scène théâtrale de ces dernières décennies, va demander à son amie Célia Houdart - à qui rien de ce qui relève de cette sorte de clandestinité de l’art n’est étranger - d’écrire quelque chose sur ce chassé - croisé entre Avedon et lui. Elle va s’y employer en prenant les choses comme elle le fait toujours dans son travail d’écrivain : par le zig et le zag, un truc qui en appelle un autre, la vie d’Avedon et le café qui a présidé à cette rencontre, en enquêtrice à la fois minutieuse et follement libre. Il en résulte moins un collage qu’un hommage au grand photographe américain parmi les plus beaux que l’on ait pu lire. Mais Journée particulière est aussi un livre de transmission, entre Alain Fonteray et elle, et, d’une certaine façon, d’elle à elle-même, de celle qu’elle est aujourd’hui à l’enfant qu’elle fut auprès de ses parents comédiens. Ce kaléidoscope déploie ses formes et ses couleurs avec une grâce infinie. Ce qui est interrogé ici, c’est l’étrangeté des choses et la transfiguration que leur offre l’art. C ’est le temps qui passe, l’oubli qui menace et les épiphanies que parfois offre la vie. Et qui ne sont rien sans être réinterprétées par le prisme compréhensif d’une écriture, d’un style, d’une leçon de choses et de poésie.


Olivier Mony, Livres Hebdo, 7 octobre 2021



Double portrait au Petit Suisse


Le photographe Alain Fonteray raconte à la romancière Célia Houdart une anecdote qui ne cesse de le hanter. Un jour, dans un café parisien, un homme le photographie avec une amie. Cet homme, c’est Richard Avedon, un des photographes majeurs du XXe siècle. Alain Fonteray ne l’a pas reconnu tout de suite, mais court dans la rue, le rattrape, et lui demande la permission de le prendre en photo à son tour, avec sa compagne, dans le même café. Les deux hommes ne se reverront jamais. Célia Houdart revient dans les lieux où le double portrait a été pris, au Petit Suisse, et mène une enquête. Elle revisite sa propre histoire, les oeuvres d’Avedon et de Warhol, le film d’Ettore Scola Une Journée particulière. Si le livre semble flotter, c’est pour mieux dessiner par touches une esthétique : celle du flou, de la digression, associant et rassemblant des images, comme si l’auteure cherchait une prise, une entaille, pour mieux ouvrir et explorer le réel. Elle interroge la résonance que des événements apparemment anodins laissent en nous, toutes ces «journées particulières» qui nous constituent. Notre vie est un tissu de rêves, de souvenirs, d’oeuvres d’art, qui se superposent. C’est toute la valeur de ce court récit: apprendre à regarder les histoires que les hommes et les femmes portent en eux, la façon dont elles se répondent. En toute modestie, une leçon de regard et d’écriture.


Julien Burri, Le Temps, du 16 au 17 octobre 2021



La beauté de l’instant


A partir d’une photo de Richard Avedon, Célia Houdart médite sur le charme délicat des images.


Histoire de photographes : l’un, Alain Fonteray, fut, à l’impromptu, dans un café parisien, saisi par l’objectif de l’autre, inconnu qui se révèle illustre: Richard Avedon. L’écrivaine Célia Houdart, sollicitée par son ami Fonteray pour écrire sur cet épisode bref mais qui le hante, hésite : pourquoi s’intéresser à « cette histoire qui n’est pas la mienne » ? L’instant fugace fixé par la photo ne donne prise à nulle analyse, pure surface impossible à creuser. C’est donc par glissements qu’elle va procéder. L’image en appelle d’autres. Celles d’Avedon, avant tout : ce torse d’Andy Warhol, qui revient sans cesse, et dont les blessures rappellent son agression par Valerie Solanas, qui fait à son tour dériver l’écriture vers Beckett, poignardé par un clochard avant-guerre. Celles de Fonteray, photographe de scène, fasciné par le moment singulier des répétitions, celui « où les choses naissent » et qui rappelle à Célia Houdart son enfance et ses parents acteurs.

Tout se fait écho dans un dispositif fragmentaire, « montage de zooms et de panoramiques », prévient d’emblée l’autrice : photos d’artistes, souvenirs d’Alain ou de Célia, les moments de réflexion ou de doute qui envahissent celle-ci au gré de son patient travail. Une cuillère tinte dans une tasse, une vieille dame lacère un tableau, une jeune actrice d’antan croque un verre de champagne, David Bowie joue sur un piano invisible: fragment après fragment, une poétique de l’anecdotique s’élabore. L’écriture tient à un fil, elle doit restituer la grâce précaire des images, être précise, évocatrice, mais discrète: ne pas les occulter sous les descriptions, ni les barioler de formules clinquantes comme des filtres Instagram. Cette rêverie teintée de tendresse, de nostalgie ou d’angoisse ne nous dira pas pourquoi Richard Avedon a photographié Alain Fonteray. Elle nous fera goûter le charme mystérieux de ces instants suspendus que préservent les images, et les mots.


Renaud Pasquier, La Croix, 18 novembre 2021.



Avedon de soi


La photo n’est-elle que hasard ? Pourquoi Alain Fonteray est-il un jour abordé dans un café par un inconnu qui lui propose de l’immortaliser avec son Leica, posé sur la table ? Alain est assis à côté d’une amie actrice, Raphaëlle, et il demande à l’inconnu s’il veut qu’il lui montre comment fonctionne l’appareil. « Non, ça va », lui répond l’homme avec un accent. II prend la photo, puis s’en va. Une femme rousse l’accompagne, qui revient bientôt à la table d’Alain pour lui dire que celui qui vient de lui tirer le portrait s’appelle Richard Avedon, célébrissime photographe américain. Alain est photographe de plateau. II adore Avedon, mais il ne l’a pas reconnu. II sort et court après lui dans la rue. II lui demande s’il peut le photographier, lui dit qu’il est désolé de ne pas l’avoir reconnu. Avedon ne répond pas oui tout de suite. « Quelle est la photographie de moi que vous aimez ? - Le torse d’Andy Warhol. »

La photo, peu connue, du corps mutilé de l’artiste survivant à deux balles tirées par la fondatrice de la Société pour la castration des hommes a fait la couverture de la revue « L’Egoïste », de Nicole Wisniak, justement la femme rousse qui accompagne Avedon. II n’y a pas de hasard, juste des coïncidences. Autre coïncidence : Avedon, lui aussi, a été photographe de plateau, rédacteur en chef adjoint de «Theatre Arts Magazine », pour lequel il a tiré le portrait de tous les acteurs de Broadway. La question hante Alain depuis des années : pourquoi Avedon a-t-il voulu les photographier, Raphaëlle et lui ? Célia Houdart mène l’enquête pour tenter de trouver un sens à ce qui a « déclenché » Avedon. Pourquoi prend on des inconnus en photo ? Surtout quand on est une star dont les tirages valent une fortune et qu’on n’a pas vocation à faire don de son travail. Avedon, disparu en 2004, n’est plus là pour répondre. « Tous mes portraits sont des autoportraits », disait-il.

La romancière chemine en parcourant la vie de l’Américain à travers ses images les plus célèbres, la vie de son ami Alain et la sienne, de fille de marionnettistes. « Je croyais regarder un autre. Je ne voyais même pas, dans cette glace à plusieurs faces, mon propre reflet », écrit-elle. N’est-ce pas là le secret d’une photo ou d’une oeuvre d’art en général ? On ne photographie jamais que sa propre histoire. La démonstration de Célia Houdart, tout en délicatesse, n’a rien d’un cliché, elle est lumineuse, comme une photo d’Avedon.


Jean-Michel Thénard, Le Canard Enchaîné, 15 décembre 2021.



Photo-roman


Alain, photographe de théâtre, prend un verre avec une amie dans un café parisien. Son Leica patiente à côté des bières. Un inconnu, accompagné d’une femme rousse, demande s’il peut les photographier avec l’appareil posé sur la table. Clic clac, sourires dans la boîte. Le type s’éloigne avec la rousse, qui revient sur ses pas et demande à Alain : "Savez-vous qui vous a pris en photo ? - Non. - C’est Richard Avedon." Avedon, le portraitiste célébrissime qui a immortaliser Marylin Monroe, Samuel Beckett, Truman Capote... Cette scèbe a lieu au début des années 1990. Trente ans après, elle hante encore Alain. Il propose à Célia Houdart de s’en emparer pour la transformer en récit et l’aider à comprendre pourquoi il ne s’est jamais tout à fait remis de cette "journée particulière". L’écrivaine procède en enquâtrice. les courts chapitres sont autant d’instantanés alignés comme des photos dans une chambre noire que l’on scrute pour tenter d’avoir une révélation. Comme dans "Blow-Up". Outre Antonioni, Houdart convoque Warhol, Ettore Scola ou Valerie Solanas et redonne au fait d’être photographié, de devenir soi-même image, le mystère enfui à l’heure des selfies. Un bref instant de magie.


Elisabeth Philippe, L’Obs, 9 décembre 2021.



Suite de zooms


L’ami de Célia Houdart est photographe de plateau et tous les gens de théâtre, notamment les metteurs en scène qu’elle cite, connaissent son travail. C’est un « grand contemplatif » : « Il a la faculté de capter des ambiances, des gestes, des présences. Il cultive le flou qui fait voir, le flou qui parle. Au théâtre comme dans la vie. Dans ses propos comme dans ses photos. Un bougé imperceptible. De la perturbation comme mode de perception ». Ce qu’il attend de Célia Houdart n’est pas non plus très net et il faudra un certain temps pour qu’elle comprenne. Le double portrait s’éclaire, après bien des détours. On n’en dira pas trop, sinon qu’au théâtre les répétitions ne sont pas un détail.
Ce récit est fait de fragments, de digressions (qui bien sûr n’en sont pas), de sauts et rebonds. L’autrice l’écrit d’emblée : « Ce livre est une reconstitution, une suite de zooms et de panoramiques, un montage. Un peu comme dans Blow Up de Michelangelo Antonioni. Sauf qu’ici il n’y a heureusement, aucun meurtre. »
Certes, mais. Quand Avedon lui demande quelle photo de lui il préfère, Alain évoque le torse de Warhol aux cicatrices. Lesquelles sont le résultat d’une tentative d’assassinat de l’artiste, par Valérie Solanas. Avedon a compris qu’il avait affaire à un connaisseur. D’une certaine façon, cela le flatte. On apprend en effet, au fil du récit, qu’il a toujours voulu être considéré comme un artiste, et non comme un photographe de mode. Son rêve était de figurer aux côtés de Diane Arbus et de Lee Friedlander. Harper’s Bazaar était sa référence parce que ses photos côtoyaient des textes de Virginia Woolf ou de Faulkner. Il était « parmi les écrivains ».
Célia Houdart ne pratique pas le flou mais son approche progressive lui permet de sentir juste, de saisir ce qui fait l’oeuvre d’Avedon. Elle comprend enfin la notion de punctum d’une photo, ce hasard qui « point, meurtrit ou poigne », selon Barthes qui en fait l’une des clés de La chambre claire. Dans l’oeuvre d’Avedon, le punctum (qu’elle appelle aussi atteinte, terme appartenant au vocabulaire de la chasse) vient d’un contraste entre la sérénité de l’artiste et ses photos pas aussi apaisées que lui : « Peut-être parce que la tempête se concentre sur mes photos et pas sur mon visage », dit-il dans une interview à la radio.
Ses portraits sur fond blanc sont impressionnants : « Tous mes portraits sont des autoportraits », dit-il. On pourrait appliquer cette remarque au livre de Célia Houdart. « Enfant de la balle », ayant joué, enfant, le rôle de souffleuse pour ses parents comédiens, elle aussi se laisse capter par un objectif invisible. On ne la voit pas mais on l’imagine. Évoquant les radiographies que son grand-père médecin gardait de la famille, elle parle de ce noir et blanc-là, celui des membres brisés et réparés. Ce n’est pas si éloigné du buste barré de cicatrices d’Andy Warhol : c’était son vrai visage.


Norbert Czarny, En attendant Nadeau, Décembre 2021



JOURNÉE PARTICULIÈRE


« - Savez-vous qui vous a pris en photo ?
- Non.
- C’est Richard Avedon. »


Photographe de scène, Alain travaille au théâtre depuis 1972. Dans les années 90, alors qu’il sirote une bière en compagnie d’une amie comédienne, un homme les aborde et leur propose de leur tirer le portrait avec le propre leica d’Alain. Cet homme « au visage carré. Cheveux poivre et sel coiffés en arrière. Légers reflets sur le verre de ses lunettes » est accompagné d’une femme « aux cheveux roux flamboyant ». Ils quittent le café après ce shooting impromptu. Puis, la femme rousse, qui n’est autre que Nicole Wisniak, la fondatrice de la revue Égoïste, revient quelques instants plus tard pour engager le bref dialogue cité en exergue... et disparaît aussi vite. Trop tard ? Alain se lance à leur poursuite.
Célia Houdart, qui signe ce livre, s’est dédiée pendant 10 ans à la mise en scène de théâtre avant de se consacrer à la littérature. Elle a rencontré Alain sur une pièce à Lorient. Ils se croisent fréquemment depuis. Alain narre cette rencontre singulière à Célia et lui propose d’en faire un récit. Alors Célia tire des fils, pour élucider l’énigme : « Pourquoi Richard Avedon les a-t-il photographié Raphaëlle et lui ?», et aussi pour comprendre ce qui est en jeu dans le souvenir d’Alain et qui résonne si profondément en elle. Pour entrer en contact avec ce photographe qui « n’était pas quelqu’un de particulièrement gentil ou généreux», mais qui avait pourtant, décide ce jour-là de faire à Alain un joli cadeau. Mais, également, pour éveiller en elle, l’écho de souvenirs d’une enfance baignée dans le théâtre, par la grâce de parents saltimbanques. Au risque d’être prise dans le miroir de l’appareil photo. « Je croyais regarder un autre. Je ne voyais même pas, dans cette glace à plusieurs faces, mon propre reflet. »
Un récit plein de poésie qui prend des chemins de traverse pour sublimer l’oeuvre de ce portraitiste de génie qu’était Richard Avedon.


Source inconnue, Profession Photographe, mars-avril 2022


Agenda

Mercredi 29 et jeudi 30 mars 2023 à 20h
La Vie des formes conception et interprétation par Célia Houdart et Renaud Herbin

TNG, théatre dramatique national de Lyon

23 rue de Bourgogne

Lyon 9ème

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Et aussi

Célia Houdart, Prix Françoise Sagan

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Célia Houdart Prix de la Ville de Deauville Livres & Musiques 2015

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Vidéolecture


Célia Houdart, Journée particulière, Journée particulière Célia Houdart

Son

Célia Houdart, Journée particulière , Célia Houdart avec Geneviève Bridel RTS QWERTZ