— Paul Otchakovsky-Laurens

Un début dans la vie

Mathieu Bermann

    La vie dont ce livre raconte le début, c’est celle de Malo. Quatre ans et demi. Tout le monde s’accorde à le trouver insupportable, agressif, indocile. Et pourtant ce n’est pas tout à fait ainsi qu’il apparaît aux yeux du narrateur, qui fait enfin sa connaissance après avoir entendu les pires choses à son sujet.

La mère de Malo a disparu. Personne ne sait où et pourquoi. Peut-être est-elle épuisée d’être mère. Car il faut dire que Malo n’est pas un enfant facile – et par conséquent peut-être pas toujours facile à aimer. D’autant plus qu’il n’est pas vraiment éduqué : il vit dans...

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Un début dans la vie



En quelques années, Mathieu Bermann a installé une écriture autofictionnelle et un univers, l’exploration des relations amoureuses vues comme la chambre d’écho d’enjeux plus larges. On retrouve ici son narrateur trentenaire, écrivain installé à Bruxelles, homosexuel à la vie sans attaches. On retrouve aussi Valentin, l’ami proche qui était un des personnages de son premier roman, Amours sur mesure (P.O.L, 2016). Pourtant, ce nouveau et cinquième texte, Un début dans la vie, semble décentré, car son sujet est un petit garçon de 4 ans et demi, Malo. Le narrateur passe un week-end dans la maison de famille de Valentin, où séjournent aussi les parents de celui-ci et les enfants de sa soeur, Léa et Malo. En arrivant il ne sait qu’une chose : Malo est ingérable. Mais très vite naît l’intuition que Malo concentre en lui les dysfonctionnements d’une famille en apparence aimante. Et c’est pour cela qu’il agace tout le monde. Observation du monde perdu de l’enfance, exploration de la mécanique familiale. Bermann s’aventure sur un terrain balisé de la littérature et s’en échappe avec virtuosité. Durant la première partie du texte, qui décrit le week-end, sa phrase est tout en ressassements circulaires, comme si le narrateur réagençait à l’infini les quelques minuscules informations dont il dispose pour parvenir â comprendre Malo. "Son enfance m’apparaissait comme les premiers rouages, décisifs, d’une machine infernale et fascinante à la fois." Bermann inscrit Malo dans un tissage de forces qui le dépassent et montre comment une famille peut déterminer à l’avance les rôles de chacun-e. II propose aussi une réflexion subtile sur la place des femmes dans ce milieu social qu’il met en scène : Marie, mère de Malo et Léa, est une femme qui, depuis toujours, tente de s’enfuir, mais semble condamnée à rester une mineure à vie dans les yeux de ses parents. Avec ce texte nourri de références cinématographiques et littéraires, l’auteur poursuit ce qu’il a installé depuis ses premiers livres : une réflexion sur la marge de liberté d’individus soumis â diverses dominations. Mathieu Bermann réussit à déjouer les attentes. Même si Malo réveille chez le narrateur des souvenirs d’enfance, l’auteur ne verse pas dans une psychanalyse facile, qui consisterait à établir un parallèle trop simpliste entre eux. II prend de la distance et observe la situation sous son aspect littéraire. Dans une deuxième partie du texte, le narrateur-écrivain se demande en effet comment il peut ou doit envisager de transformer un petit garçon en personnage de roman, et s’interroge sur son droit d’imaginer son avenir. Une rupture formelle, l’intrusion d’une liste de scènes possibles, sort le livre d’une zone confortable d’observation psychologique. Et questionne l’écriture autofictionnelle. "Et que se passera-t-il si, d’aventure, quand il sera en âge d’en tire, Malo tombait sur ce livre ce livre où je n’ai pas pu tout dire sans travestir parfois certaines circonstances entourant les faits que je rapporte ? Eh bien je me dis que Malo, qui ne s’appelle pas ainsi dans la réalité, ne se reconnaîtra même pas."


Sylvie Tanette, Les Inrockuptibles, avril 2022



MALOCOEUR


Mathieu Bermann dresse le portrait bouleversant d’un enfant à qui rien n’a jamais été promis et dont on peut craindre que rien ne lui soit jamais accordé.



Nul besoin d’être père pour le savoir : dans l’ordre de l’étrange, du plus radicalement et ontologiquement bouleversant, un enfant, ça se pose un peu là... Une question de regards sans doute : celui que l’on pose sur lui et aussi ce qu’il voit en vous. C’est de ce choc, de cet aller-retour de soi à lui, que procède le quatrième livre de Mathieu Bermann, Un début dans la vie. « En l’écoutant, j’avais l’impression de me revoir à son âge, quand je prenais des cours de foot et qu’au lieu de courir après la balle je restais à côté du gardien de but pour avoir quelqu’un à qui parler. » Celui qui parle ici, c’est le narrateur, peut-être, puisqu’il est écrivain, Mathieu Bermann lui-même, allez savoir. Celui dont il parle, c’est Malo, quatre ans et demi et déjà une réputation à tenir, celle d’être une terreur des bacs à sable, un gosse sauvage se refusant à toute foi ou loi. Les deux se rencontrent dans une villa près de Montpellier où ils sont pareillement de passage. Le narrateur s’y est rendu à l’invitation de son ami Valentin, aux parents duquel appartient la maison, pour y couler quelques jours de supposé repos. Malo, neveu de Valentin, s’y trouve sous la garde de ses grands-parents, quelque peu dépassés par cet enfant qui n’est qu’un complot de colère, d’inquiétude, de chagrin, de solitude et de questions. La mère de Malo, Marie, a disparu lors d’une énième fugue et a laissé ses enfants (elle a aussi une fille) à la garde de ceux qui voudront bien s’en charger. Contre toute attente, c’est le moins concerné de tous, l’ami de Valentin, ce narrateur qui croyait n’être guère curieux de l’enfance, qui va assumer cette tâche auprès du petit garçon. Présenté ainsi, cet argument pourrait porter son poids de bons sentiments sur le thème rebattu de « lorsque l’enfant paraît », mais ce n’est pas le cas dans ce beau livre de Mathieu Bermann. L’auteur s’y fait juste, en quelque sorte, le sismographe d’une émotion. La rencontre, qui sera brève, de cet encore jeune homme et du gamin est comme saisie dans sa vérité première qui est d’abord celle de la surprise. Les deux sont dévorés de curiosité l’un envers l’autre et joliment placés, dans le fil narratif, sur un pied d’égalité. Bermann en rend compte sans jamais avoir recours aux expédients vulgaires de la psychologie, mais avec une élégance discrète et empathique qui parfois peut faire penser à celle d’un Arnaud Cathrine. Le narrateur regarde Malo qui le regarde et cet échange-là est plus troublant et riche que bien d’autres.


Olivier Mony, Roman France, avril 2022



Mal parti



À 4 ans et demi, une vie ne saurait être déjà écrite, n’est-ce pas ?Et pourtant, quand il rencontre Malo, à l’occasion d’un week-end chez les grands-parents du petit garçon, le narrateur est étreint par le malaise et une forme de chagrin à l’idée que l’existence de l’enfant soit déjà tellement lestée - sans que des facteurs sociaux ou médicaux l’expliquent. II semble enfermé dans les discours négatifs à son propos («un garçon insupportable»), qui font oublier qu’il est «un petit bonhomme à lunettes, à la voix douce», intelligent, ballotté entre des parents qui ne savent pas s’occuper de lui. D’ailleurs, si le narrateur le rencontre, c’est parce que sa mère n’est pas venue le chercher.
Avec une délicatesse bouleversante, Mathieu Bermann se penche sur Malo et tente, par l’écriture, de conjurer l’avenir sombre déjà tracé qui paraît l’attendre.


Raphaëlle Leyris, Le monde des livres, 13 mai 2022


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