— Paul Otchakovsky-Laurens

Z comme zombie

Iegor Gran

Katia, seize ans, coincée à Marioupol à côté du cadavre de sa mère morte de froid et de malnutrition, appelle son oncle resté en Russie. Réponse embarrassée de l’oncle-zombie : « Mais qui êtes-vous ? Arrêtez de m’appeler. Je ne vous connais pas.’’ Arkadi montre à son père des photos d’immeubles détruits à Kharkov par les bombardements russes. Réponse : ‘‘Ce sont les Ukrainiens eux-mêmes qui se bombardent à la roquette. »


Bouleversé par la guerre en Ukraine et la propagande russe, Iegor gran décide d’écrire un texte très informé, à...

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La presse

legor Gran The Walking «Z» un pamphlet enragé sur les Russes poutinisés

un pamphlet enragé sur les Russes poutinisés

« ll faut avoir l’esprit en cuvette de WC pour accepter de bouffer de la merde.» C’est à propos des Russes depuis l’invasion de l’Ukraine et du signe belliqueux «Z». On se dit un peu bêtement : legor Gran a le droit d’écrire ça, ses parents étaient des dissidents soviétiques, il est né à Moscou. On se prend à rêver d’un Français qui vomirait de même sur la mentalité hexagonale (mais nous, Français, nous rétorquera-t-on, n’avons rien à nous reprocher, ce n’est pas comparable). On ne voit pas d’exemple. II y a bien eu Baudelaire et Tiqqun, mais c’était sur les Belges et «la jeune fille», ça ne compte pas.

«Bistrot de gare».

Si l’on se met ainsi à penser horizontal et vertical, qu’on veut rabattre ITAL Z comme zombie sur la France, la Belgique (ou n’importe quel autre pays, car on pourrait faire un livre semblable sur les partisans de Trump, etc.), c’est qu’on voit bien que le pamphlet de Gran, avec sa démesure et son urgence, touche à ce qu’il y a de plus laid et banal dans l’humanité : l’orgueil, le déni, la peur, la violence -entre autres. Sauf qu’en Russie, l’indignité est passée à l’acte : «Katia, 16ans, coincée à Marioupol à côté du cadavre de sa mère morte de froid et de malnutrition, appelle son oncle resté en Russie. Réponse embarrassée de l’oncle-zombie: "Mais qui êtes-vous ? Arrêtez de m’appeler. Je ne vous connais pas."» legor Gran le redit à la fin de son livre : il n’a rien inventé, on peut aller voir (si on lit le russe) les sources Twitter, groupes Telegram, hashtags qu’il cite, relayant les délires haineux et complotistes qui sévissent actuellement au pays de Poutine. «Certes, "tous les Russes ne sont pas comme ça"», note-t-il en prélude. C’est une «sagesse du bistrot de gare - à laquelle je souscris volontiers. II n’empêche ».

A la première page, on sourit: «Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la plupart des zombies sont des gens biens. Ils aiment leurs proches autant que nous. [...] On peut prendre le thé avec un zombie et rire ensemble aux souvenirs d’une vieille comédie romantique. » » A la deuxième, on déchante. Litanie de divagations depuis le 24 février : une mère se convainc qu’une vidéo de son fils prisonnier est truquée, une intellectuelle pense que «toute cette agitation est organisée par l’Occident pour vendre des armes et faire oublier la crise du Covid», un autre que c’est la faute des Ukrainiens : s’ils fuyaient leur pays ou se rendaient, cela limiterait le nombre de morts. Et gare à la délation si vous n’êtes pas zombifié. Tous les exemples rapportés sont accablants et frappés du désespoir de l’auteur, qui découvre dans nombre de ses amis russes des morts-vivants insoupçonnés.

Germe pourri.

Dans ce désert de la raison, son livre se fait enquête enragée, aussi douloureuse que drôle: comment peut-on croire à une propagande aussi mal fichue? Gran rapporte le cas d’un agent du renseignement qui écrit «signature illisible» sur un document censé accréditer la thèse d’un nazisme ukrainien: «Le tâcheron [...] a recopié texto les instructions de son chef de service.» Il y en a cent autres cas de couleuvres énormes, que l’écrivain s’amuse à pousser dans leurs retranchements absurdes. La réponse est qu’en réalité la question n’est pas d’y croire ou non, et qu’aucune contre-information, comme on le sait, n’a jamais déjoué une désinformation. La guerre contre l’Ukraine ne fait qu’activer, suppose Gran, un germe pourri de l’âme russe : l’obsession impérialiste et le ressentiment contre l’Occident, dont l’écrivain retrouve les traces aussi bien chez Pouchkine que dans l’avis du pékin moyen, jamais remis des «humiliations» de 1945 et de 1991: «Oui, l’Ukraine mérite ce qui lui arrive! Ah, ils ont voulu rejoindre l’Europe? Ils voudraient vivre mieux ? Ceux qui se sont goinfrés, on va les aider à déféquer!»

Dans Seul dans Berlin (1947)de Hans Fallada, on se rappelle que la mort de leur fils au front instillait la révolte chez un couple d’Allemands nazifiés. Dans Z comme zombie , le Russe poutinisé ne possède hélas pas cet anticorps. Pire, la misère, la souffrance, sont pour lui un signe d’élection: «II passe haut la main le test d’Abraham, celui où l’on doit pouvoir sacrifier Isaac pour se prouver à soi-même la force de sa foi.» Si ces Russes ont comme nous la «malédiction» d’êtres humains, ils en ont une autre plus dangereuse : vouloir inspirer la terreur, et supporter d’y vivre. Iegor Gran ne voit pour eux aucune guérison à l’horizon et, pour nous, une issue impuissante: sortir de «l’hypnose» indulgente où nous sommes devant ce «peuple»

Eric Loret, Libération, 10 septembre 2022.

Agenda

Mardi 4 octobre
Iegor Gran à la librairie Les Champs Magnétiques (Paris)

Librairie Les Champs Magnétiques

80 rue du Rendez-vous

75012 Paris

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Jeudi 6 octobre à 18h
Iegor Gran à la librairie Les Cahiers de Colette (Paris)

Les Cahiers de Colette

25, rue Rambuteau

75004 Paris

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