— Paul Otchakovsky-Laurens

Le Relais des Amis

Christine Montalbetti

Le Relais des Amis, c’est un café dans une petite station balnéaire sur la côte normande, mais c’est aussi le principe ludique qui anime ce roman, où de relais en relais, on suit toute une série de personnages. Simon a loué une maison pour écrire mais il est en panne d’inspiration. Il part se promener jusqu’au Relais des Amis, d’où bientôt ressortent Frédo le maçon et son apprenti, lequel au travers de la vitre d’une agence immobilière aperçoit Lorette et son client Bastien. En sortant de l’appartement qu’il visitera, Bastien posera une question à un chauffeur de taxi qui emmène un couple d’Anglais, Greg et Eva,...

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La presse

Un roman qui nous entraîne dans un tourbillon de folles digressions, de la Normandie aux États-Unis en passant par le Japon. Virtuose et drôle.


Christine Montalbetti n’a pas son pareil pour alpaguer le lecteur ou la lectrice à grand renfort d’apostrophes, l’arrachant ainsi à l’immense solitude de la lecture, aussi intense que celle de l’écrivain-e. Ce n’est pas du racolage mais une tentative un peu cinglée de mutualiser nos singularités en quête d’un possible unisson. Comme dans le Rock’n’roll Suicide de David Bowie, la voix de Montalbetti nous fredonne : “Oh no love! you’re not alone”


Son nouveau roman, à cet égard bien nommé Le Relais des amis, nous prend la main dès sa première ligne. “Une phrase, allons, une bonne petite phrase qui vous donne envie d’entrer dans cette histoire.” Une histoire simple délicieusement compliquée. Celle de Simon, un auteur qui, lui, n’arrive pas à trouver la première phrase malgré les conditions a priori idéales d’un retrait dans une maison au bord de la mer. Écrivain “bon qu’à ça”, mais en l’occurrence bon à rien. Pour distraire sa défaillance, Simon part en balade qui vire à la ballade poétique. “Marcher je vous le dis pour le cas où vous auriez envie un jour d’écrire, a un drôle d’effet entraînant.”


Nous voilà en effet entraîné-e par exemple quand Simon, au terme de sa randonnée (de l’anglais random, “hasard”), entre dans un café, Le Relais des amis, où on se sent comme à la maison, mais une maison-monde, l’autrice métamorphosant ce microcosme et ses habitant-es (les bavard-es, les taciturnes et l’impromptu Simon) en un univers qui, le temps d’un café noisette, réchauffe le cœur ou ce qu’il en reste. On ne va pas non plus y passer sa vie. Allez hop, le “allez hop!” devient le ricochet allègre qui fait carburer le récit. “Allez hop!” sautons dans un train, puis, de fil en aiguille (plus de fil que d’aiguille), embarquons fissa à bord d’un jet mental qui s’envole vers le Portugal, le Japon, l’Amérique, tel-les des passager-ères clandestin-es précipité-es dans une machine à divaguer au gré des espaces, des paysages et des rencontres.


C’est quoi ce bazar ? Un beau bazar justement. Car “le monde est un réseau inextricable de possibles, qui font autour de nous leur sarabande, et que nous assassinons finalement sans vergogne chaque fois que nous faisons un choix”. Christine Montalbetti fait ses choix du côté de la vie, de l’humour et de la bienveillance pour le meilleur du genre humain. Le Relais des amis donne envie de trinquer. Santé !


Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, décembre 2022



Revoir la mer


Avec une liberté intacte, Christine Montalbetti embarque le lecteur dans un réjouissant voyage aux confins du romanesque.


C’est un long travelling, une délicieuse circonvolution à travers les mers. Un voyage littéraire mené tambour battant, dont Christine Montalbetti a le secret - « Ah, les voyages que ça permet, la lecture, cette liberté de circulation inouïe qui fait qu’en une seconde vous passez d’un lieu à un autre »... C’est qu’il en a besoin, Simon, d’avancer, de mettre en marche son récit, mettre en mots son imagination volontiers galopante. L’homme est écrivain et balade son manque d’inspiration sur la côte normande, où il a loué une maison. Jusqu’à ce café, dont il franchit le seuil...


« Notre Simon » est le premier venu du Relais des Amis, il est la fenêtre ouverte sur tous les personnages, toutes les histoires de ce beau roman humaniste. Un regard, une parole, un lieu ou une « atmosphère » - un écran, parfois ! - partagés, et voici que le récit rebondit. Un briquet passé de main en main, un mégot qui roule d’un pied à l’autre, une mouette qui se pose çà et là, et de nouveaux visages s’offrent à nous, de nouvelles destinées s’écrivent autour du monde - du Japon à Paris du Colorado au Portugal : beaucoup de lieux familiers de l’autrice.


Elle a le verbe sûr, Christine Montalbetti, qui prend une fois encore toutes les libertés, toutes les tangentes que la langue permet. Le propos y est joyeux, savoureux, follement visuel - « Le paysage derrière la vitre se donne en format cinéma », écrit la metteuse en scène de talent qu’elle est aussi. Ici, les fauteuils virevoussent, les navires sont encalminés, les mouches zigzaguent et les pensées « caracolent comme des poulains sauvages »... Avec le lecteur pour complice de toujours, pour témoin de son oeuvre en mouvement, «Simon Montalbetti» s’embarque corps et âme dans son discours des infinis : « Le monde est un réseau inextricable de possibles, qui font autour de nous leur sarabande, et que nous assassinons finalement sans vergogne chaque fois que nous faisons un choix. » Son sens du détail est intact, son art des associations d’idées toujours efficace, racontant le délié des gestes et les affres des pensées intimes, dont elle fait son miel.


Son récit est surprenant de véracité, bâti d’instantanés qui orchestrent la valse de ses personnages dans un mouvement perpétuel, « avec tout ce bruissement de choses pas réglées, actives et troublantes ». Elle y pose précautionneusement son regard d’écrivaine, toujours un temps d’avance, chasseuse de papillons et de papillonnages. L’émotion est au coin de chaque phrase, l’exaspération parfois, l’amour peut-être... Et son récit est plein de ces incertitudes qui flottent entre les êtres, de ces idylles de fiction, des vibrantes filiations et des imperceptibles renoncements.


Tatiana la serveuse et Gégé, son patron amoureux ; les touristes anglais Eva et Greg, au bord de la vieillesse ; Vanda la gardienne et son fils Manoel, parti vivre au bord du Douro ; Warren le prof américain et sa femme Marie, flanqués de leurs deux chiens ; Gilles le motard parisien... Contenant tous ces êtres tour à tour croisés, toutes ces situations rêvées, ces tranches de vie et ces « froissements d’âme », son récit protéiforme est un tout. II est, comme un hommage, l’ultime personnage. « Parce qu’au fond, oui, c’est bien ça dont il est question, quand on écrit des romans, le charivari de sentiments qui nous traversent, la foule de sensations qui nous assaillent, tout ce que ça charrie, une personne. N’importe quelle personne, qu’on connaît ou qu’on croise, même un corps qu’on aperçoit pour la première fois et qui bientôt disparaît dans le lointain en emportant entre ses parois de chair un monde. »


Fabienne Lemahieu, La Croix, 5 janvier 2023



« "Le pouvoir inouï de créer des mondes" et "entrer dans toutes sortes de mondes" », un article de Christine Marcandier à propos du Relais des Amis de Christine Montalbetti, à retrouver sur la page de Diacritik.

Agenda

Dimanche 5 mars
Christine Montalbetti, Lucie Rico et Robert Bobert à la Fête du livre de Bron

Hippodrome de Parilly

4-6, avenue Pierre Mendès-France

69500 Bron

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Et aussi

Christine Montalbetti Prix Franz Hessel

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Christine Montalbetti Prix Henri Quéffelec Livre & Mer 2015

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Vidéolecture


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