Le Jardin botanique   

Jean Frémon

Dans le jardin botanique, une sorte de réserve naturelle dont la chronique est tenue par un conservateur en chef érudit, méticuleux et passagèrement obsessionnel, se côtoient les derniers spécimens de quelques espèces en voie de disparition, faune et flore, dûment étiquetés, et tout ce petit monde, non moins étrange et menacé d’extinction : Sam, gardien de la ménagerie, un laconique bourru qui cultive le sarcasme, Gertrude, espiègle enjôleuse à la langue pointue, un peintre animalier en quête de modèles, une grappe de chercheurs excentriques : Soskine, fanatique du mimétisme, Dawkins, apôtre de la théorie des gènes...

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Jean Frémon

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Espagne : Espasa Calpe | USA: Green Integer

La presse

Sur la couverture du livre, il y a deux dromadaires et un chameau, peints par Gilles Aillaud. Et dans le livre même, on retrouve Gilles Aillaud en ami du conservateur en chef. Ce n’est pas le seul personnage réel du roman de Jean Frémon, puisqu’il est également question d’un Thomas Narr qui n’est autre que Thomas Bernhard, d’un Karl qui emprunte beaucoup à Gombrowicz, et de peintres et de musiciens qui, si l’on voulait bien chercher, présenteraient de fortes ressemblances avec des figures parisiennes connues. Le conservateur en chef lui-même, « qui a tous les traits du collectionneur sauf l’attachement à l’objet », n’est sans doute pas - dans sa manière d’appréhender le réel en tout cas - très éloigné de Jean Frémon. Mais s’il n’y avait que cela, Le jardin botanique serait un roman à clés de plus. Or, le livre de Jean Frémon possède une vraie densité romanesque parce qu’il nous propose un jeu subtil qui fait trembler la réalité sans la détruire. Ses personnages - Gertrude, une jeune femme ironique et délurée ; Sam, le vieux gardien de la ménagerie ; Clémence, le grand amour du narrateur, etc. - sont vrais comme les reflets que renverrait un miroir. On les découvre peu à peu, à moitié dévoilés, à moitié inachevés, profondément humains. Ils sont seuls et au bout du monde dans un tableau de Caspar David Friedrich, dont le nom est cité plusieurs fois dans le livre. Et pour continuer de vivre, malgré la tragédie, ils rient ou plutôt, il rianent : « Le ricanement ne laisse rien debout et vous savez bien qu’on peut toujours ricaner de tout, spécialement de ce qui ne fait pas ricaner les autres ». Ne doutons pas que Thomas Bernhard approuverait pleinement cette affirmation.


Par F.P., Art Press, juin 1988.




Jean Frémon taxinomiste


Jean Frémon est de ces écrivains dont on regrette souvent qu’ils sont trop peu connus. On se consolait - mal - jusqu’à présent en se disant que la littérature qu’il pratiquait, si elle était riche d’images et d’émotions, si elle touchait à jamais ceux qui la lisaient, ne pouvait atteindre, à cause de sa forme, qu’une quantité limitée de lecteurs non effrayés par l’éclatement du texte, par la manière résolument moderne dont se présentaient ses ouvrages.


Cette piètre consolation vient de disparaître : Le Jardin botanique, sans renoncer à rien de ce qui faisit la richesse des livres antérieurs (Le Miroir, les alouettes, L’Origine des légendes, Discours de la fatigue, Echéance,...), se coule dans un moule romanesque plus traditionnel et devrait rassembler un public beaucoup plus large. Un peu comme lorsque Pascal Quignard a écrit Le Salon du Wurtemberg après des ouvrages dont l’accès demandait une plus grande liberté d’esprit.


Le Jardin botanique est l’histoire d’un homme obsédé par le classement, le rangement des choses et des êtres. Préoccupé par le monde animal à cause de sa fonction - il est responsable dans un zoo -, il voudrait l’organiser : « J’aime la taxinomie, c’est une science humble, je te range dans telle catégorie parce que tu as vingt-quatre vertèbres, dans telle autre parce que tu as six pattes et qu’il ne se peut pas jusqu’à preuve du contraire que tu aies à la fois six pattes et vingt-quatre vertèbres. Mais la catégorie est ouverte aux deux bouts, rien n’empêche jamais d’affiner ou de généraliser à plaisir. Un petit plaisir, bien à notre portée, pourquoi s’en priver. »


Travaillant sur les organes de reproduction mâles de toutes les espèces, il organise ainsi le monde vivant et déborde parfois, en dehors de son travail, sur ses proches. Ainsi, tout semble entrer parfaitement dans ses catégories, malgré Gertrude, la femme qu’il aime, et son ironie, malgré Karl, l’homme qu’il admire, et son non-conformisme.


Ce roman (un des personnages s’appelle Roman) appelle plusieurs lectures. A peu près autant que la Bible selon Dante, qui donnait - c’est Jean Frémon qui le raconte - quatre sens à chaque passage : « le littéral, l’allégorique, le moral et l’anagogique. » Et le narrateur de prolonger sa réflexion : « N’en va-t-il pas de même pour tout ? Réminiscences, échos, décalages, sommes, intervalles, seuils, équilibres, projections, voilà comment se perçoit notre vie dès qu’elle cesse d’être une vaster sieste. »


Tout ce que Jean Frémon touche dans ce roman qui s’aventure souvent dans de longues digressions devient récit. Et on est emporté par un flot d’histoires qui nous plongent, tout simplement, dans les différentes facettes de la vie. Au terme du roman, le sentiment de l’échec envahit le narrateur. On le ressent si violemment avec lui que se déposent en nous les algues, les graviers et les dépouilles d’animaux morts dont il se promet de recouvrir sa carapace...


Par Pierre Maury, Le Soir, 11 août 1988.

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