Le Traquet kurde   

Prix Alexandre-Vialatte 2018

Jean Rolin

Au printemps 2015, un ornithologue amateur observe au sommet du puy de Dôme un petit oiseau, le traquet kurde, jamais vu en France auparavant, et dont nul ne sait comment il est arrivé jusque-là. Sur la piste du traquet kurde, des vertes prairies du Hertfordshire aux montagnes du nord de l’Irak, le narrateur de ce récit, quant à lui, croisera les ombres de T. E. Lawrence, St. John Philby (le père du célèbre espion), Wilfred Thesiger, celle aussi d’un invraisemblable escroc, mystificateur et mythomane, le colonel Meinertzhagen, et beaucoup d’autres grandes figures de l’histoire impériale britannique.
Ce nouveau livre de Jean Rolin, récit et variation autour des tribulations hasardeuses...

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Jean Rolin

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Le traquet à la trace


Le livre s’ouvre parmi les collections d’ornithologie du British Museum. On y trouve des tiroirs remplis d’oiseaux morts avec, attachées à leurs pattes, des étiquettes indiquant leur espèce, provenance, sexe.
Nous sommes prévenus d’emblée, Le Traquet kurde sera une histoire d’ornithologie, mais aussi de classement et dénomination (il y sera question des frontières, des accords qui les fixent) et de trajectoire (que faisait du côté du puy de Dôme, en mai 2015, un traquet kurde, passereau frayant d’ordinaire en Asie mineure ? Et, s’il n’insiste pas, il est évident que Jean Rolin a en tête le sort de migrants plus terrestres ¬qu’Oenanthe xanthoprymna). Il sera aussi question de mensonges, dès les premières lignes, nous sommes avertis : il arrive que les informations accompagnant les spécimens du British ¬Museum soient « falsifiées ».

Pour quelles raisons un admirateur de piafs peut-il être amené à déguiser la vérité ? On le découvrira notamment avec le personnage « hénaurme » de Richard Meinertzhagen (1878-1967), ornithologue, colonel et espion, menteur, voleur, probable assassin, qui permet à l’écrivain de revenir sur l’histoire de l’impérialisme britannique, entre autres.
Mais il ne perd jamais de vue le petit traquet qu’il traque ; et, après la campagne anglaise, nous voici dans le Kurdistan irakien. Si la trajectoire du livre peut surprendre, comme celle de l’oiseau, Jean Rolin tient son cap, brassant avec son intelligence et son humour flegmatique habituels, zoologie, histoire, actualité et géographie.

Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres, avril 2018




« Le traquet kurde », réfugié du Moyen-Orient


L’observation récente d’un oiseau kurde au sommet du puy de Dôme donne à Jean Rolin le point de départ d’une exploration rocambolesque et méditative.


Quoi de plus fragile et opiniâtre qu’un oiseau, petit être auquel l’inspiration de bien des créateurs s’est accrochée depuis Aristophane ? L’écrivain Jean Rolin, familier des récits aventuriers alliant la curiosité au rocambolesque, a montré dans d’autres livres son intérêt pour les créatures à plumes.


L’une d’entre elles suscite ce nouveau livre, le 29e de l’écrivain, qui en a publié douze aux éditions P.O.L depuis 2002. Intrigué par l’incongruité de l’observation, au printemps 2015, d’un passereau kurde dans les monts d’Auvergne, Jean Rolin s’est penché sur l’histoire de cet oiseau et, par elle, a découvert celles des hommes qui depuis deux siècles ont cherché sa trace. Déplaçant littérairement l’enquête journalistique, à son habitude, il s’approprie le sujet pour le subvertir en une rêverie mêlant son monde intérieur et un monde réel parfois âpre.


Le traquet kurde (Oenanthe xanthoprymna), petit passereau à queue rousse et masque noir, vit « dans divers pays riverains de la mer Rouge ou du Golfe persique » et se reproduit « dans une zone montagneuse courant du sud-est de la Turquie à l’ouest de l’Iran, laquelle correspond assez exactement à la zone de peuplement kurde ». Quel est le lien précis de cet oiseau avec cette minorité opprimée, dont l’alternative est de longue date l’exil ou la résistance ? Jean Rolin n’énonce aucune thèse, mais s’attache, en des biographies enchâssées, à quelques explorateurs britanniques qui ont croisé le chemin de l’oiseau et, bizarrement, participé parfois à des actions déterminantes pour cette zone du monde.


L’officier des renseignements Richard Meinertzhagen, l’officier de liaison Lawrence d’Arabie, l’espion St. John Philby ou l’écrivain Wilfred Thesiger menèrent leurs expéditions ornithologiques dans ces zones géographiques dont le destin géopolitique occupe toujours le devant de la scène internationale. Fasciné par ces figures ambiguës, Jean Rolin offre à travers elles l’exploration historique de deux siècles de relations entre l’Europe et le Moyen-Orient, effleurant les effets des politiques occidentales : des actions coloniales aux guerres récentes et à la mondialisation des loisirs, en passant par les accords de Sykes-Picot.


Le voyage l’emmène loin des zones touristiques, en Angleterre, en France ou dans les montagnes kurdes, aux confins de l’Irak, de la Turquie et de la Syrie. Il sera peut-être pris pour un agent de renseignement, couverture pour lui plus avouable que son but effectif : observer au mont Shirin le fameux traquet kurde, et ramener dans ses carnets le tableau d’une faune variée, étrangère aux guerres des hommes. N’égarons pas le lecteur, la réflexion de Jean Rolin, volontiers drôle, est avant tout méditative, et son attention à la nature sauvage offre parmi ses plus belles pages. Sous sa plume, les frontières tracées sont disputées par celles, naturelles et mouvantes, que connaissent les autres espèces. Et le vol d’un oiseau, dûtil être brutalement stoppé par un coup de fusil, y surgit plus subtil que les pas lourds des conquérants ou des collectionneurs.


Comment, découvrant avec Jean Rolin la déroute du traquet kurde sur le puy de Dôme, à 4 300 kilomètres de son habitat naturel, ne pas penser à la solitude des peuples forcés au départ, du Kurdistan ou d’ailleurs, hier ou aujourd’hui ? L’« expérience de l’exode, consécutif à un soulèvement et à l’écrasement de celui-ci, presque tous les Kurdes d’Irak l’ont faite au moins une fois dans leur vie », écrit seulement Jean Rolin, laissant à l’un de ses compagnons, Fakher, le soin de suggérer ce qui de commun étreint les plus fragiles, les oiseaux comme les hommes.


Sabine Audrerie, La Croix, janvier 2018


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