La vie est faite de ces toutes petites choses   

Christine Montalbetti

Dans le ciel de Floride, le 8 juillet 2011, s’élève la dernière navette habitée. Ce sont les quatre astronautes de la « Mission finale », Sandra, Fergie, Doug et Rex, qui s’envolent vers la Station spatiale internationale. Le roman raconte cette dernière mission. C’est une aventure spatiale, avec son suspense et ses risques, c’est aussi un roman sur le sentiment des dernières fois. On y vit le suspense du départ. On y découvre tout le petit monde au sol qui concourt au lancement, et dont le roman croque les figures ; puis la vie sur la Station spatiale. Comment s’endormir, quand le corps ne pèse plus rien ? On apprend à prendre une douche avec les moyens...

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Christine Montalbetti

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La vie est faite de ces toutes petites choses



Voyage à bord de la navette Atlantis, en direction de la Station spatiale internationale. Un récit hyperréaliste, piquant, ou le détail captive.

Ils sont quatre - ils sont « les quatre de la mission finale ». Deux femmes et deux hommes, guère différents de vous et moi, à ceci près cependant qu'en ce jour de juillet 2011 ou, à l’invitation de Christine Montalbetti, on fait leur connaissance, au Kennedy Space Center de Merritt Island, en Floride, ils sont à la veille de quitter la Terre. A bord de la navette Atlantis, direction la Station spatiale internationale - pas si loin, en fait, « en vérité, imaginez à peu près un Paris-Rennes, si ça ne démythifie pas trop le voyage spatial ».
II s'avère qu'en impesanteur, comme sur la Terre, la vie est faite de toutes petites choses, parfois très techniques, parfois très prosaïques, et c’est ce que s’emploie à exposer Christine Montalbetti dans ce roman documentaire archi-informé ou tout est non seulement vrai, mais regarde de très près, comme à la loupe électronique. « Vertigineusement exact », analyse l'auteure, expliquant son projet en cours de route, qu’il s’agisse de « la couleur du tapis de bain de la chambre du quartier des astronautes […], l'enrouleur rose de la laisse du petit chien blanc qui circule entre les jambes des spectateurs du lancement », ou des mille et une actions quotidiennes de Sandra Magnus, Christopher Ferguson, alias Fergie, Douglas G. Hurley et Rex J. Walheim nos quatre héros en orbite dans la thermosphère, dont nous serons bientôt assez familiers pour les appeler par leurs seuls prénoms. Cet hyperréalisme a la double vertu de générer un effet captivant, presque hypnotique, et de dessiller le regard, d’en quelque sorte le nettoyer, en offrant de la réalité (des corps, des matières, des objets, des gestes…) une vision atypique, insolite.
Christine Montalbetti ne se prive pas d'y mêler une piquante légèreté de ton qui n’est pas sans suggérer l'aisance et la fluidité qui vont avec l'état d’apesanteur , une vraie fantaisie, de l’humour, ainsi qu'une sorte de mélancolie rêveuse qu'elle laissera joliment éclore dans le chapitre final de cette singulière épopée, tout sauf claustrophobique.

Nathalie Crom, Télérama, 27 août 2016.




2011, l'odyssée de l’espace


Christine Montalbetti reconstitue la dernière mission de la navette Atlantis de l’intérieur. L’espace mode d’emploi, comme si vous étiez : épatant.


D’octobre 1985 à juillet 2011, la navette spatiale américaine Atlantis fit très bien son boulot de navette. 33 missions, 307 jours dans l'espace et 202 673 974 kilomètres parcourus !
Ce n’est pas comme ces saloperies de Challenger ou Columbia qui, pour l'une, explosa au décollage (janvier 1986), pour l'autre, se désintégra lors de son retour sur la Terre (février 2003). Cela étant, ces deux tragédies pyrotechniques eurent la vertu de rappeler le prodige de ce qui était devenu, croyait-on, une banalité : la conquête de l'espace dans des conditions alliant souvent la très haute technologie et le franc bidouillage.
Instruisant par le menu détail le dernier vol de la navette Atlantis, Christine Montalbetti relance elle aussi la part de suspense, bien que l’on sache à part soi, comme un flingage de l'incertain, que tout s'est très bien terminé pour Atlantis et ses quatre astronautes, qui, après leurs treize jours de mission, revinrent gentiment sur la terre ferme. L’organisation fictionnelle de l'intranquillité tient à la qualité organique du récit, mené du point de vue des astronautes, que bientôt on n'appelle plus que Rex, Deug, Fergie et, tiens, une femme, Sandra, qui, astronaute oblige, fait songer à une autre Sandra, Sandra Bullock, incarnation mémorable d'une paumée de lespace dans le film Gravity d’Alfonso Cuaron.
Soucis psychologiques, ravissements existentiels, « comportements secrets, difficilement justifiables et vaguement honteux » du décollage qui plaque les intestins dans la boîte crânienne jusqu’aux effets comiques de l’impesanteur, tout est dit de cet étonnant métier consistant à s'envoyer en l'air à bord d'un suppositoire de 77 tonnes et 17 mètres de hauteur, propulsé en quelques minutes jusqu'à la vitesse de 28000 kilomètres/heure.
« Comme si on y était » est la formule de circonstance. Mais pas que. Le récit très documenté gagne ses galons de roman quand il diverge de son gros sujet apparent, semble même s'égarer, telle la boule d'un flipper déréglé qui finirait par jouer seule sa partie. Ce ne sont pas tant des digressions que des échappées belles. Il est ainsi question du temps où les heures sont tantôt « de gentilles choses molles », de la gestation de la narratrice dans le ventre de sa mère ; de palmiers qui ont l'air de hérons mouillés, de galet à faire ricocher sur ses petites fesses de galet, ou des premières photographies de rue ou la durée d’exposition était si longue que les silhouettes en mouvement ne s'y imprimaient pas.
Et aussi, avec une insistance particulière, d'ultrasensibilité aux couleurs (corail, caramel, mimosa...). Nous voilà criblés d'informations microscopiques comme nous traversent à chaque nanoseconde des trillions de neutrinos, ces particules produites par certains cataclysmes cosmiques. Chacune de ces particules infimes seraient un messager potentiel transportant des informations sur son origine. En somme des moins que rien qui, telles "les petites choses" de Montalbetti, nous informent de l'origine de la vie.


Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, 24 août 2016.




Christine Montalbetti danse dans l’espace



La vie est faite de ces toutes petites choses, de Christine Montalbetti, POL, 336 p., 17,50€



« Mille pensées vous traversent, que vous essayez de calmer en vous récitant ce qu’on vous a inculqué, que vous allez entrer dans l’Histoire (...). Mais la vérité, c’est que vous êtes un corps de chair, offert au vent. » Voilà qui donne parfaitement la tonalité de ce treizième récit de Christine Montalbetti, qui raconte par le menu le dernier vol d’une navette spatiale américaine, quand Atlantis a été envoyée vers la Station spatiale internationale (ISS), en juillet 2011. Comme l’indique le parti pris du titre, il ne sera pas question ici de grand pas pour l’humanité, mais bien de petit pas pour l’homme, ou plus exactement de la somme de tous les petits gestes qu’il aura fallu accomplir pour en arriver là : des pieds nus posés sur une moquette chinée, une douche délassante, un chewing-gum mastiqué nerveusement quelques minutes avant le lancement.



Une lente et insolite chorégraphie



C’est là toute la singularité de ce roman que l’auteure dit avoir souhaité au plus près du réel : rendre compte de l’aventure spatiale par le petit bout de la lorgnette. Arrive-t-il à Sandra, Rex, Fergie et Doug, une fois en orbite, de regretter le doux son de la pluie ? Peut-on encore « tomber de sommeil » alors qu’on ne sent plus le poids de son propre corps ? Autant de questions faussement secondaires qui font de cette aventure une expérience profondément humaine et sensible ; car tout est toujours à hauteur d’homme, chez la romancière, et empreint d’une certaine fragilité. Tant et si bien que l’équipage en est souvent réduit à sa seule corporalité : en orbite les corps se sanglent, flottent, s’évitent dans une lente et insolite chorégraphie. Avant tout, Montalbetti donne à voir, enchaînant les zooms et les contrechamps, promenant sa caméra avec grâce sur les décors et sur ceux qui y évoluent. Un regard très cinéma¬tographique, qui aime à s’attarder sur un détail, et dans lequel on reconnaît cette capacité de l’auteure à enchanter le réel, dans ce qu’il a de plus infime.
Elle a bénéficié pour la rédaction de ce roman d’une résidence d’écriture du CNES (Centre national d’études spatiales), dans le cadre de laquelle elle a rencontré, notamment, l’astronaute Sandra Magnus. Elle dit n’avoir souhaité faire ni de l’anticipation ni de la fiction, mais au contraire un « roman sur une aventure réelle » qui serait « vertigineusement exact ». On serait en droit de s’interroger sur ce qui distingue ce roman du récit documentaire. Sans doute la réponse réside-t-elle dans cette liberté que la romancière s’autorise, depuis ses débuts, avec les codes de la narration, et la connivence qu’elle instaure avec le lecteur. « Prenez place, je vous en prie », « Rembobinons un tout petit peu, voulez-vous ?» : le lecteur de Montalbetti est partie prenante de l’histoire, qui participerait presque du récit en train de s’écrire.



Singulier parallèle



Car l’autre particularité de son oeuvre, c’est cette mise en abyme du roman, ce retour sur le processus d’écriture lui-même (« Tout cela est un roman, je l’écris noir sur blanc »). Et qui débouche ici sur un singulier parallèle entre l’aventure romanesque et l’aventure spatiale, toutes deux savant mélange de désir, de peur et d’incertitude. D’ailleurs l’astronaute n’a-t-il pas la légèreté propre au personnage de roman qui nous apparaît, lui aussi, créature « barbotant dans le doux bain de notre imagination » ? Mais l’humour, chez Montalbetti, vient souvent nous sauver de quelque chose : du danger d’abord, nécessairement inhérent à l’entreprise (l’ombre de la navette Columbia, désintégrée en vol en février 2003, plane sur la mission), mais aussi de la mélancolie, que la romancière distille tout au long du récit, et qui lui vaut sans doute ses plus belles pages. Ultime mission pour la navette Atlantis, donc, et la fin d’un mythe, mais aussi ce « manque aigu, insoupçonnable », lorsqu’on est en orbite, « de la vie ordinaire » ; ou encore nostalgie du flottement, de retour sur Terre, où il faut réapprendre à composer avec le poids des choses. La scène d’adieu entre l’équipage d’Atlantis et les occupants de l’ISS est ainsi un véritable moment de grâce (il faut s’imaginer la progression des larmes, en orbite, « petites bulles lacrymales » essayant de se frayer un chemin parmi les corps en apesanteur).
L’auteure s’interrogeait, au mitan du récit : « Est-ce qu’il y aurait de la littérature, s’il n’y avait pas de regrets ? » Peut-être finalement n’est-il question que de cela, de ce qui se joue dans chaque au revoir, de cette petite mort vécue à ¬chaque séparation, et qui dit quelque chose de notre commune fragilité.



Sélectionné pour le Prix littéraire du Monde 2016

Avril Ventura, Le Monde, septembre 2016.





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