Crac   

Jean Rolin

« Entre Lawrence et moi, il y a au moins ceci de commun qu’à un peu plus d’un demi-siècle de distance, nous avons passé l’un et l’autre une partie de notre enfance à Dinard. » Et Jean Rolin s’attache, dans ce nouveau livre, à partager un petit plus encore avec celui que l’on a appelé Lawrence d’Arabie…En partant sur ses traces, aujourd’hui, au Moyen Orient.
En 1909, l’année de son vingt et unième anniversaire, T. E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’ Arabie », entreprend en plein été une marche de près de 1800 kilomètres, au Moyen-Orient, afin de visiter quelque trente-cinq châteaux-forts...

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Jean Rolin

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La presse

JEAN ROLIN, plume ébouriffante



Pour être tout à fait franc - et même si, en général, il ne manque pas de tenter de l’expliquer en préambule -, on ne comprend pas toujours très bien quelle est l’étincelle à l’origine d’un livre de Jean Rolin. A-t-il arpenté de long en large les marges du périphérique nord de Paris, réellement mû par le «projet assez vaste et confits d’écrire sur le maréchal Ney du point de vue du boulevard qui porte son nom » (La Clôture, 2002) ? S’est-il promené sur les cinq continents dans le seul but d’enquêter sur les chiens errants, au motif qu’ils sont à ses yeux les «auxiliaires de la défaite» des civilisations humaines (Un chien mort après lui, 2009) ? Et l’hiver dernier, a t-il vraiment entrepris de mettre ses pas dans ceux de Lawrence d’Arabie en Syrie, relatant ce périple dans le présent Crac, après avoir appris que leurs destins étaient indissolublement liés, «au moins sous le rapport des loisirs balnéaires» - l’aventurier britannique, encore adolescent, affectionnant telle petite plage de la côte dinardaise que lui-même fréquentait enfant en famille ?


Qu’importe, en réalité, ce qui allume la flamme et déclenche la mise en marche de Jean Rolin. Qu’importe dès lors que, depuis plus de trente ans, ces intuitions et élans fantasques alimentent l’oeuvre d’un de nos plus beaux écrivains, randonneur insatiable, esprit ironique, âme mélancolique, plume hautement digressive. Mêlant à une observation minutieuse du réel apprise de l’exercice ancien du reportage (pour Libération, Le Figaro,Géo...) les licences qu’autorise la littérature : d’intimes rêveries et de franches obsessions, pour l’Histoire et les révolutions manquées, les aventuriers moroses et les champs de bataille, les lieux interlopes et les vastes mers. Sans oublier les oiseaux, la douce marotte de Rolin, l’homme qui marche, toujours et encore.



- Nathalie Crom, Télérama, janvier 2019




Chevalier Rolin



Crac ressemble à une suite du Traquet kurde (P.O.L, 2018), le précédent ouvrage de Jean Rolin, qui se mettait sur les traces d’un oiseau du même nom aperçu du côté du puy de Dôme, en mai 2015. On y croise presque autant de piafs, et un figurant du Traquet kurde, T.E Lawrence (1888-1935), a été promu au rang de personnage central. Jean Rolin, ici, met ses pas dans ceux du futur Lawrence d’Arabie qui, à 21 ans, se lança, en plein été, dans une marche de presque 1800 kilomètres à travers le Moyen-Orient pour visiter les châteaux médiévaux, sujet de sa thèse de fin d’études. S’appuyant sur la correspondance de Lawrence, un peu comme celui-ci se fiait à son guide Baedeker, l’écrivain arpente, en 2017 et 2018, une région qui cesse rarement, depuis une quarantaine d’années, d’être le théâtre de conflits, ainsi qu’en témoignent les châteaux de Beaufort, au Liban, ou, en Syrie, le Crac des chevaliers. Reportage sur les lieux autant que dans les textes, Crac poursuit la méditation de Jean Rolin autour de la place des guerres dans l’histoire, et sur l’impermanence du monde, sans se départir de son sens de l’autodérision ni de la beauté proustienne de ses phrases.


Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres, janvier 2019



Jean Rolin dans les pas de T.E. Lawrence



Tout prétexte est bon à Jean Rolin pour un vagabondage érudit et totalement libre, et compléter ainsi en la nourrissant d’éléments inédits une encyclopédie sauvage dont lui seul décide des sujets.


Les oiseaux, au centre du Traquet kurde, et les chiens errants qui peuplent Un chien mort après lui sont de retour dans Crac. L’écrivain observe sur une falaise « une nombreuse population d’étourneaux de Tristram (ou de rufipennes de Tristram, ainsi que se nomme également cette espèce bruyante et grégaire) ». Ailleurs, il retrouve des chiens qui tous « présentaient la même coloration jaunâtre et le même morphotype, ceux vers lesquels l’espèce évolue à rebours, où que ce soit dans le monde, lorsqu’elle est livrée à elle-même ». Le souci de la précision frappe dans des détails éloignés du sujet principal.


Le titre désigne ce sujet, au moins pour les lecteurs familiers des Croisades : le krak des Chevaliers, dont Thomas Edward Lawrence, pas encore « d’Arabie », escalade les murailles en 1909. Il a une vingtaine d’années, a visité de nombreuses forteresses médiévales en France et prépare une thèse «sur l’architecture militaire des Francs en Europe et au Moyen-Orient ». Sur les routes françaises, il se déplaçait à bicyclette. En Syrie, ce sera à pied- il a, à cette époque, horreur du cheval, ce qui surprend si l’on a en mémoire la fringante allure de Peter O’Toole dans le film de David Lean.


Sous quel prétexte Jean Rolin part-il sur les traces de Lawrence dans une région du monde peu paisible ces derniers temps ? En raison d’une passion commune exercée en un même lieu : Lawrence aimait nager à Dinard, à l’endroit exact où Jean Rolin pratiquait ce plaisant exercice. Voilà « des détails qui, conjointement avec son enfance dinardaise, achèvent de me lier indissolublement à l’auteur des Sept piliers de la sagesse, au moins sous le rapport des loisirs balnéaires». Et qui justifient l’aventure un peu folle dans laquelle se lance l’écrivain? Il faut croire que oui dans son esprit puisque, on le disait en commençant, tout lui est bon.


L’obstination paie. Malgré la compagnie peu rassurante des forces de l’ordre qui laissent la bride courte au voyageur, malgré les nombreux barrages qu’il doit franchir, malgré tous les inconvénients d’une région agitée, Jean Rolin chemine de château en château, aidé par un GPS dont Lawrence ne disposait pas et l’oeil ouvert sur des détails qui auraient peut-être moins intéressé le Britannique. Mais nul n’est parfait et notre contemporain a oublié de compter le nombre de moutons dans un troupeau de rencontre.



Pierre Maury, Le Soir, janvier 2019


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