Emmanuel Carrère : faire effraction dans le réel   

Sous la direction de Dominique Rabaté et Laurent Demanze

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Faire « effraction dans le réel » par l’écriture, cet aveu est au cœur des témoignages, récits, études, entretiens, rassemblés ici, pour la première fois, pour offrir un exceptionnel regard sur Emmanuel Carrère, l’écrivain, le cinéaste, scénariste, et l’ami…
Des romanciers comme Michel Houellebecq, Pierre Michon, John Updike, des cinéastes, Nicole Garcia, Olivier Assayas, des journalistes et des universitaires, des proches, proposent aux lecteurs d’Emmanuel Carrère de partir à l’exploration de l’univers et de la personnalité de cet écrivain hors norme.
Dans un des textes inédits d’Emmanuel...

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La presse

Beau geste


Ce superbe volume retrace l’itinéraire d’Emmanuel Carrère, témoin capital de notre époque.


« En moins de 150 pages, il vous met K.-O. », écrivait John Updike à propos de La Moustache, le roman d’Emmanuel Carrère, concluant par ces mots la critique parue dans le New Yorker au moment de la traduction du livre en anglais, en 1988. Un roman, analyse encore le grand Updike, « qui se situe tout à côté de notre monde et en délivre un commentaire inquiétant ». C’est au prisme du rapport entre le geste littéraire d’Emmanuel Carrère et le réel, de la façon dont ce geste a évolué depuis ses tout premiers écrits (des critiques de cinéma, pour Télérama et Positif, à l’aube des années 1980), que Laurent Demanze et Dominique Rabaté ont conçu ce superbe, sagace et passionnant volume. Faisant appel à de nombreux contributeurs, universitaires, cinéastes (Olivier Assayas, Nicole Garcia... et écrivains (Michel Houellebecq, Mathieu Larnaudie...), pour, par le biais de cette multiplicité de points de vue et d’analyses, retracer et décrypter l’itinéraire de l’écrivain. Passé du journalisme au roman (L’Amie du jaguar, 1983, La Moustache, 1986, La Classe de neige, 1995), puis au récit lorsque, avec L’Adversaire (2000), il choisit de renoncer à la fiction pour se consacrer à ces livres singuliers et puissants, relevant tout à la fois de l’autobiographie et de l’enquête, que sont Un roman russe (2007), D’autres vies que la mienne (2009), Limonov (2011) et Le Royaume (2014). « Dans les façons dont j’essaie de voir ce que j’écris ou le rôle que je tiens en écrivant, je me définirais volontiers comme témoin. Quelqu’un qui a vu quelque chose [...] et qui apporte un témoignage », dit de sa démarche l’écrivain, assurément aujourd’hui notre contemporain capital.


Nathalie Crom, Télérama, Octobre 2018




Anthologie
Emmanuel Carrère, Faire effraction dans le réel


Un passionnant ensemble d’hommages et de textes inédits qui plongent dans «l’atelier» d’Emmanuel Carrère, et suivent son parcours : le cinéma via la critique puis la réalisation, la fiction et l’effroi, enfin la littérature du réel à partir du livre clé qu’est l’Adversaire (2000). Dans «l’Amitié par les livres», l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, évoquant «un engagement total, irréversible», ajoute : «Et je ne vois pas un seul livre d’Emmanuel Carrère où il ne se soit, où il ne nous ait fait cette promesse de la vérité et où il ne l’ait tenue.» Très beau texte aussi de Michel Houellebecq, «Emmanuel Carrère et le problème du bien».


Cl.D., Libération, Octobre 2018

Une malle aux trésors


C’est presque quarante années d’écriture qu’embrasse Faire effraction dans le réel.


Le recueil, dirigé par Laurent Demanze et Dominique Rabaté, envisage dans sa globalité le travail d’Emmanuel Carrère depuis ses débuts comme critique dans Télérama, examinant de la même manière ces premiers textes et les romans de l’auteur, ses reportages et les deux films qu’il a réalisés.

De l’entretien inuagural avec les deux concepteurs à l’analyse par Claude Burgelin des liens entre l’oeuvre de Carrère et celle de Georges Perec, les contributions universitaires sont le plus souvent très intéressantes. D’autres lectures sont, elles, passionnantes, et suprenantes, comme le texte du réalisateur Pascal Bonitzer sur le film Retour à Kotelnitch (2003), celui de Michel Houellebecq sur "la question du bien" chez Emmanuel Carrère, ou encore la contribution du juge Etienne Rigal, l’un des personnages principaux de D’autres vies que la mienne (P.O.L, 2009).

Mais ce qui donne réellement l’impression d’avoir ouvert une malle aux trésors sont les textes donnés par l’écrivain lui-même. Ainsi d’une version alternative ds premières pages de L’Adversaire (P.O.L, 2000), ou d’une "chute" du Royaume (P.O.L, 2014), consacrée à l’incipit de Madame Bovary... Ou encore un échange de courriels avec le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade à propos de la série Soupçons, riche d’échos d’une extraordianire profondeur avec L’Adversaire.


R.L, le Monde des Livres,12 octobre 2018




Emmanuel Carrère, le grand témoin


Un volume passionnant retrace l’itinéraire littéraire de l’auteur du Royaume et nous ouvre les portes de son univers.



oeuvre
Depuis qu’il a achevé l’écriture du Royaume (sorti en 2014), Emmanuel Carrère se dit « en panne » dans l’écriture. Qu’on ne soit pas trop inquiet tout de même : le romancier fait partie de cette catégorie d’écrivains à la maturation lente et exigeante, attendant le « bon sujet » pour lancer le chantier. Les éditions Pol en profitent pour sortir un volume qui prend la mesure de son oeuvre, donnant la parole à une quarantaine de contributeurs, offrant aussi en bonus des scénarios inédits et autres échanges épistolaires.



SUR LA PISTE DE VÉRITÉS COMPLEXES


On suit le parcours du jeune critique de cinéma à Télérama, qui se lance dans le romanesque sur les traces du maître Philip K. Dick, polisseur d’intrigues au « potentiel d’horreur » (la Moustache, la Classe de neige). Avant de connaître, en 2000, un tournant avec l’Adversaire (plongée dans l’univers de l’assassin Jean-Claude Romand), qui marque le glissement vers la non-fiction : une manière singulière pour l’écrivain de raconter des histoires « vraies » fortes de personnages existants ou ayant existé, mais surtout de se poser lui-même dans son récit, en témoin du réel, en enquêteur honnête et têtu, sur la piste des vérités complexes de notre humanité.
On est fasciné chez lui par ce mélange orgueilleux de narcissisme et d’humilité, cette présence du « moi » qui lui permet avant tout de « sourcer » comme un reporter, cette haute idée de son art qui le pousse à construire minutieusement ses récits avec l’ambition de tricher le moins possible. Il y a beaucoup de contributions captivantes dans le recueil - de Nicole
Garcia au juge Étienne Rigal - et très contrastées - de Michel Déon à Pierre Michon. Mais la lecture la plus enthousiasmante est sans doute celle de Michel Houellebecq. Notre autre grand écrivain contemporain jette par-dessus les moulins « le problème du mal », ce poncif, cette pente facile, pour se pencher sur « le problème du bien, le seul peut-être qui vaille, qu’Emmanuel Carrère se pose dans les plus belles pages de ses livres ». Carrère croit encore à la « communauté humaine » et à la fraternité. Tandis que Houellebecq, lui, avoue s’en défier et ne plus croire qu’à ce « royaume restreint » qu’est... le couple. Duo à suivre intensément, donc.



Marie Chaudey, La Vie, décembre 2018.

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