Voguer   

Marie de Quatrebarbes

Voguer est une série de performances poétiques inspirées entre autres du film Paris is Burning de Jennie Livingston (1991) sur la vie des danseurs du « voguing », à la fin des années 1980. Jeunes, pauvres, homosexuels, noirs et latinos. Leur danse s’inspire des poses des mannequins des magazines féminins (notamment le magazine américain Vogue dans les années 1960, et les défilés de mode), qu’ils reprennent et prolongent à travers des enchaînements chorégraphiques codifiés. Composé en cinq parties, qui sont autant de portraits, le livre explore à sa façon cette danse et ses adeptes avec 5 personnages : Venus, la jeune...

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Marie de Quatrebarbes

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La presse

Marie de Quatrebarbes : le livre du désir (Voguer)


Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ». Mais « voguer » est aussi un mouvement au hasard, un détachement de la terre pour les vagues et les courants marins. Ce mouvement, ici, est le geste poétique d’une écriture mobile, dansante, traçant par le texte des figures pour une vie plus vivante que la vie.


Lisez l’intégralité de l’article de Jean-Philippe Cazier sur Diacritik (13 mai 2019).



Marie de Quatrebarbes : « Une réalité du corps et des êtres à célébrer » (Voguer)


Dans Voguer, Marie de Quatrebarbes s’appuie sur le voguing pour élaborer un texte et une poétique faits de mouvements, de lignes qui ouvrent la forme du texte, comme la danse peut ouvrir la forme du corps et y inclure tout autre chose que le simple corps. Entretien avec l’auteure où il est question de poésie et de traduction, de Dawn Lundy Martin et de John Wayne, de récit, de mashup, de désir d’émancipation, de violence raciste, ou encore du « nous » qui ferme comme du « on » qui ouvre.


Lisez l’intégralité de cet entretien avec Frank Smith sur Diacritik (13 mai 2019).



Dance macabre


Ils voguent sur les flows, mouvements saccadés et vêtures sophistiquées. Dans les années 1980, des jeunes homosexuels et transgenres, noirs ou latinos, trouvent refuge dans une danse nommée « voguing ». Ils se métamorphosent et se défient, incarnent une identité rêvée - mannequin, femme de pouvoir, militaire - le temps d’une soirée, avant de retourner dans l’ombre, celle de la rue ou de la prostitution. Consacré à cette subculture qui connaît aujourd’hui un regain, le documentaire Paris Is Burning (1990) a inspiré à Marie de Quatrebarbes un court livre composé de cinq portraits élégiaques. Sont ainsi chantés les destins de deux figures du « voguing », Vénus et Pepper, mais aussi ceux d’un anonyme, d’un amant de Pasolini, et de Kleist. Si les brefs tombeaux sont éclairés par des références à Sappho, Plutarque ou Homère, c’est aux « Lais » de Marie de France que l’on pense en lisant ces chansons de geste(s) aussi grandioses que minuscules, ces vers épurés et stroboscopiques qui disent la solitude et la répétition d’une certaine fatalité. Marie de Quatrebarbes fait joliment sienne la phrase du Grec Simonide : « Comme la poésie est une danse parlée, de même la danse est une poésie muette. »


Élisabeth Philippe, L’Obs, 6 juin 2019



«Voguer»: danser pour conjurer le sort



À New York, dès les années 1970, la culture du bal et du voguing, fortement inspirée par la mode et les mannequins, les défilés et les magazines, véhicule les espoirs et les revendications, la vitalité et la créativité de la communauté trans et gaie, principalement afro-américaine et latino-américaine.

En 1990, Jennie Livingston cristallise cette scène en pleine effervescence avec un documentaire devenu culte : Paris Is Burning (à voir sur Netflix). La même année, avec Vogue, Madonna popularise cette danse urbaine auprès du grand public.

Premier titre de la Française Marie de Quatrebarbes chez P.O.L, Voguer est une série de poèmes performatifs qu’on ne peut s’empêcher de lire à voix haute. Portraits de personnes, pour la plupart réelles, il s’agit aussi de prières adressées à des corps en lutte, à des âmes batailleuses, autant d’éloges funèbres prononcés pour des êtres disparus, dont certains sont tout droit sortis de la culture du bal.

« [...] la nuit des garçons dansent pour conjurer le sort et faire vivre un désir plus grand / Et ils sont tout à ce désir qu’ils font vivre parce qu’ils ont aspiré les images d’un monde qui les tient à distance. »

Le premier chapitre, peut-être le plus émouvant, porté par une écriture sublime, parfois continue comme la douleur, parfois découpée en vers pour laisser entrer la lumière, est consacré à Venus Xtravaganza. Le jour de Noël, en 1988, l’artiste trans a été retrouvée morte, étranglée, sous un lit du Duchess Hotel.

« Elle portait deux moineaux, les ailes déployées et leurs becs se touchant de part et d’autre de sa poitrine frêle, tissés à même la peau, et elle les défaisait le soir pour recommencer son ouvrage au matin. »

La deuxième partie concerne Pepper LaBeija, décédée en 2003. Probablement la dernière grande figure de la culture du bal, elle fut la deuxième mère de la maison LaBeija : « Une maison est faite pour y vivre. Une maison est une famille pour ceux qui n’ont pas de maison. C’est une réalité quand on n’a pas de famille. C’est comme ça que naissent les maisons, là où une mère accueille les enfants rejetés par leurs parents biologiques. »

Le troisième chapitre est consacré à Thérèse, disparue à l’angle de l’avenue Pasteur et de la rue Magellan un soir d’août 2017. Avec ce portrait contemporain, le seul du livre, il devient pour ainsi dire impossible de reléguer la violence faite aux personnes trans à une époque soi-disant révolue.

Alors que le quatrième chapitre permet à l’auteure de se glisser dans la peau de Ninetto Davoli, l’amant de Pasolini, assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie, la dernière partie prolonge une rencontre fantasmée entre Heinrich von Kleist, écrivain allemand, et Karoline von Günderrode, personnage imaginé par la romancière allemande Christa Wolf.

L’écriture endeuillée de Marie de Quatrebarbes fascine, d’abord par sa capacité d’évocation, mais aussi par son rythme et sa syntaxe, une vélocité qui emporte tout sur son passage. Truffées de références, notamment dans les brefs paragraphes théoriques qui referment chaque chapitre, ses élégies expriment autant d’érudition que de sensibilité, autant de sophistication que d’inventivité.


Christian Saint-Pierre, Le Devoir, 29 juin 2019


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