Ellis Island #Formatpoche   

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Georges Perec

Première édition poche de ce célèbre livre de Georges Perec, sur l’exil, l’identité et la judéité. Description scrupuleuse de l’île par où transitèrent, de 1892 à 1924, tout près de la statue de la Liberté à New York, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe, il permet, dans sa nudité, de comprendre l’importance qu’eut pour Georges Perec cette confrontation avec le lieu même de la dispersion, de la clôture, de l’errance et de l’espoir.

« Ce que moi, George Perec, je suis venu questionner ici, c’est l’errance, la dispersion, la diaspora. Ellis Island est pour moi...

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Georges Perec

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La presse

L’Île des larmes


Le petit volume de Georges Perec que P.O.L reprend dans sa collection de poche pousse les portes d’un fameux îlot de 14 hectares nommé Ellis Island. Une usine à l’américaine, nous dit l’auteur de La Vie mode d’emploi, ouverte en 1892 afin de transformer les émigrants en provenance d’Italie et d’Irlande, de Russie et d’Ukraine, de Suède et d’Allemagne, de Norvège et de Grèce, de France et de Turquie, en immigrants. Là où le bureau fédéral de l’immigration tenaitun centre d’accueil avec ses formalités d’inspection, sa visite médicale et ses 29 questions posées aux arrivants. Là où celles et ceux qui avaient « renoncé à leur passé et à leur histoire » pour effectuer un voyage souvent sans retour faisaient étape quelques heures.
Avant de se voir, ou non, tamponner leurs visas. Après avoir connu la rudesse d’une longue traversée dans l’entrepont, ils débarquaient dans un « étroit banc de sable à l’embouchure de l’Hudson, à quelques encablures de la statue de la Liberté » et découvraient Manhattan émergeant de la brume.
Cette île que, dans toutes les langues d’Europe, on surnommait l’ « île des larmes » a fermé en novembre 1954 pour devenir un monument national. Le dernier ferry effectuant la navette entre le port de New York et Ellis Island y avait déposé un marin norvégien. Laissés à l’abandon, les bâtiments ont été rouverts au public en 1976 à l’occasion du bicentenaire des États-Unis.
Accompagné de Robert Bober, Georges Perec a parcouru les lieux le 31 mai 1978. « Ce n’est jamais, je crois, par hasard, que l’on vient visiter Ellis Island » écrit-il au détour d’une page. Lui qui a voulu montrer, questionner, et qui le fait de manière si saisissante.


Alexandre Fillon, Sud Ouest, 24 mars 2019



Trouver un lieu



Dans ce texte intime qui servit de voix off à son film sur Ellis Island, Georges Perec interrogeait « le lieu même de l’exil ».



En 1979 sortait Ellis Island, film consacré par l’écrivain Georges Perec et le réalisateur Robert Bober à l’îlot de la baie de New York où transitèrent entre 1892 et 1924 des millions de personnes venues d’Europe : « Une usine à fabriquer des Américains, une usine à transformer des émigrants en immigrants ». Le présent récit, réédité en poche, en est la voix off écrite par Perec.
Faisant histoire autant qu’oeuvre littéraire, Perec s’interroge sur une forme à trouver : « Comment décrire ? Comment raconter ? Comment regarder?» Sa valse de noms, de dates, de mesures, d’anecdotes font ensemble poésie.
C’est aussi un récit intime : celui de la confrontation de l’écrivain avec « l’errance, la dispersion, la diaspora (...), le lieu même de l’exil, c’est-à-dire le lieu de l’absence de lieu, le non-lieu, le nulle part ». A la sortie du film [ Propos reproduits dans le recueil posthume Je suis né (Seuil 1990).], il expliqua avoir voulu «faire résonner quelques-uns de ces mots qui sont pour moi inexorablement attachés au nom même de Juif : le voyage, l’attente, l’espoir, l’incertitude, la différence, la mémoire, et ces deux concepts mous, irrepérables, instables et fuyants, qui se renvoient sans cesse l’un l’autre leurs lumières tremblotantes, et qui s’appellent Terre natale et Terre promise ».
Né en France de parents polonais, portant un prénom français et un patronyme juif que beaucoup ont pu prendre pour breton, il confia aussi être allé chercher à Ellis Island non une part de mémoire mais l’énigme du « point de non-retour» d’une vie d’émigrant : « Ce que j’ai voulu interroger, mettre en question, mettre à l’épreuve, c’est mon propre enracinement dans ce non-lieu, cette absence, cette brisure sur laquelle se fonde toute quête de trace, de la parole, de l’Autre. » Exprimant là combien ce petit texte permet de comprendre plus fortement l’oeuvre dans son ensemble de cet "écrivain de l’espace" qu’était Georges Perec.


Sabine Audrerie, La Croix, 4 avril 2019



Perec en Amérique


La traversée prend une vingtaine de minutes. Un tour en ferry et on arrive sur Ellis Island. L’île au sud de Manhattan, par laquelle transitèrent jusqu’à dix mille personnes par jour, accueille toujours un flot ininterrompu d’hommes, de femmes et d’enfants. Mais ce sont des touristes avec audioguides, non plus des émigrants en quête d’une vie meilleure en Amérique. L’écrivain Georges Perec se rendit dans ce lieu de mémoire en 1978, avec son ami Robert Bober. Il en a rapporté un court texte poignant. Comment raconter ce qui se cache « sous la sécheresse des statistiques officielles » ; comment se représenter ce que furent les seize millions d’histoires individuelles qui se sont jouées entre ces murs ? « Ce que moi, Georges Perec, je suis venu questionner ici, c’est l’errance, la dispersion, la diaspora » et le fait même d’être juif, d’appartenir à un « peuple sans terre », voué à l’exode. « Mais Ellis Island n’est pas un lieu réservé aux juifs. Il appartient à tous ceux que l’intolérance et la misère ont chassés et chassent encore de la terre où ils ont grandi. » Et Ellis Island se nomme aujourd’hui Tijuana, Lampedusa ou Calais.


Élisabeth Philippe, L’Obs, 2 mai 2019

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