La Poétesse   

Liliane Giraudon

La Poétesse porte dans son titre la trace d’un féminin dégradé. En séries de proses précipitées, on peut dire que ce livre aborde la question du sexe des livres comme de ceux qui les ouvrent. Il s’agit de voir la poésie comme objet accidenté. L’héroïne Poétesse note au jour le jour les événements qui se présentent. Un soir elle décide d’étrangler sa sœur jumelle. Elle achète une corde mais sa sœur est déjà morte. Pasolini lui rappelle qu’il était populiste comme Boulgakhov se disait mystique à la cour de Staline. Des événements se succèdent. C’est assez...

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Liliane Giraudon

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La presse

Poétesse, prosatrice, revuiste depuis plus de trente ans aux côtés de Jean-Jacques Viton (avec qui elle a fondé et dirigé Banana split, puis If en compagnie de Henri Deluy et Jean-Charles Depaule), traductrice et photographe, Liliane Giraudon publie ici le second volet d'une « homobiographie » entamée il y a presque dix ans avec un livre au titre éponyme (et co-réalisé avec la Cosmetic Compagnie, éditions Farrago, 2000). Le mot, passé désormais en sous-titre, inscrit le travail dans l'immense labyrnthe de la mémoire, l'attachant à tous les rapports d'une vie supposée d'écrivain. La lecture, les rencontres, les voyages, la notation rapide, la réflexion, la maladie, les joies naïves et enfantines, construisent dans la variation de différents champs formels (vers, blocs de proses, jeux de constructions internes sur chaque page) un rapport à la vie, c'est-à-dire aussi à ce qui toujours nous dépasse. Selon ce que Gilles Deleuze disait de la littérature et de sa fabrique, cette confrontation fait germiner par le milieu d'une racine quelque chose qui l'opposera à sa propre naturalité : il s'agit, et La Poétesse y reste fidèle de bout en bout, de laisser remonter à la surface des mots le moment (le kairos, l'opportunité) d'une transmission plus forte que ce que nous en imaginions. Lorsque Liliane Giraudon écrit dans la section « Clara Walker n'est pas Joséphine Baker » Pourquoi battre un cheval mort/ils ont repris le jour sans lui/peut-être neuf ôté de dix/Lancelot encore avance/cette fois étendu sur l'herbe/c'est comme réapprendre le néant et lance dans « Ma chérie je t'ai fait des phrases trouvées partout » Hier je dis que j'ai ce qu'il fait/pour mourir. Il dit qu'il est/furieux, on passe subrepticement d'un poème impersonnel où la mort de l'animal est interrogée à la propre décision de mettre fin à ses jours. Le fuseau par lequel les mots s'engouffrent crée une reconduction possible entre le néant ouvert par la bête et ce qui dans notre existence appartient aux choix libres du vivant. L'équilibre que trouve Liliane Giraudon dans ce livre, trouvé pourtant dans l'absence volontaire de hiérarchie entre les événements narrés, dessine la véritable colonne vertébrale de La Poétesse. C'est sans doute la raison pour laquelle on en vient à marcher autrement, les pieds sur la tête. Chapeau.


Emmanuel Laugier, Le Matricule des anges, juin 2009



Le livre s'intitule La Poétesse mais met en scène « La Poète ». Comme précisé en couverture, il s'agit d'une homobiographie. Une homobiographie qui se substitue à l'autobiographie, c'est à dire une écriture qui oppose à l'égotisme du Je la tentative de restitution d'une identité collective. Cela se ressent particulièrement dans la deuxième section du livre, « Kara Walker n'est pas Joséphine Baker ». Ces 47 poèmes démontent et malmènent les mythes de la culture afro-américaine et rappellent, avant de les évacuer, les heures sombres de l'esclavage. Pour encadrer ce travail, une première section en forme de petits blocs de souvenirs : « Ma chérie je t'ai fait des phrases trouvées partout », où il est question de « Refaire inlassablement un dessin de son corps sous forme de phrase. Une seule. Une seule phrase. » La troisième et dernière section, « Le goût du crabe », évoque le rapport au corps et à la maladie dans « un livre défait. Saluons sa défaite. » Oui : saluons, effectivement, le travail chirurgical de la langue de cette Poétesse-là.


M. J., Open Mag, mai 2009

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