Les six premiers jours d’octobre a été écrit en Israël et en Palestine avant l’attaque meurtrière menée par le Hamas le 7 octobre 2023, puis pendant la destruction de Gaza. Louis Imbert, correspondant du journal Le Monde à Jérusalem, témoigne à sa façon de ce qu’il a vu et entendu, et s’inscrit dans une voie ouverte par Blaise Cendrars, Charles Reznikoff et les poètes « objectivistes » américains – une forme de « poésie documentaire ». Le texte effectue un choix, réalise un montage, et devient tout à la fois poème, récit fragmenté d’un reportage, en osant de formes plus...
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Les six premiers jours d’octobre a été écrit en Israël et en Palestine avant l’attaque meurtrière menée par le Hamas le 7 octobre 2023, puis pendant la destruction de Gaza. Louis Imbert, correspondant du journal Le Monde à Jérusalem, témoigne à sa façon de ce qu’il a vu et entendu, et s’inscrit dans une voie ouverte par Blaise Cendrars, Charles Reznikoff et les poètes « objectivistes » américains – une forme de « poésie documentaire ». Le texte effectue un choix, réalise un montage, et devient tout à la fois poème, récit fragmenté d’un reportage, en osant de formes plus expérimentales comme pour court-circuiter le bruit incessant du pays. C’est le livre des « choses vues » et entendues, en prise réelle avec le cours des événements, ancré dans les faits. Un livre urgent, rhapsodique, lieu mouvant d’une subjectivité en tension, qui s’efforce d’interroger le langage, ses formes, jusqu’au poème, pour tenter de rendre compte de l’état du monde.
Le livre s’ouvre sur le portrait d’un adolescent gazaoui blessé par balle à l’automne 2021, alors qu’il tentait de franchir le mur israélien qui enferme sa ville. C’est sa manière de se sentir libre : « Suicide, vous dites / le martyre a bon dos, un sacré coup de reins / son portrait passe au soleil et Anas cavale. » À l’heure où Israël s’abîme dans une guerre aveugle, le livre se clôt sur un long poème, écrit au fond d’une baignoire, dans une maison de Jérusalem dont les murs portent la mémoire de la Shoah et celle de la Nakba – le nettoyage ethnique de la Palestine en 1948, à la naissance de l’Etat d’Israël. Entre les deux, Louis Imbert suit des juifs ultraorthodoxes, qui s’enfoncent seuls dans les bois de Galilée pour y prier, une chaise sur le dos. La littérature porte ici une question éthique : il s’agit de dire avec justesse, au plus près, une époque où la force s’impose en transformant « les êtres en choses et les âmes en pierres. »
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