Le Premier Exil   

Santiago H. Amigorena

« Je savais que ces hommes faisaient partie de ces groupes paramilitaires que tout le monde en Uruguay craignait tant – comme je savais que cette femme menottée qui me tournait le dos était ma mère. »

Le Ghetto intérieur racontait le silence, en 1945, de celui qui deviendrait le grandpère de l’auteur , Vicente Rosenberg, qui émigra à Buenos Aires. Le Premier Exil s’ouvre surla mort, vingt ans plus tard, dans cette même ville, de l’arrière-grand-père maternel, l’abuelo Zeide, un Juif originaire de Kiev. Mais la famille du narrateur a dû fuir l’Argentine pour l’Uruguay, et échapper à la dictature, après le...

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Santiago H. Amigorena

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La presse

LE PREMIER EXIL de Santiago H. Amigorena

L’auteur se souvient d’un court moment passé en Uruguay, avant l’exil en France. Et clôt un chapitre des premières années de son œuvre autobiographique.

Depuis plus de vingt ans, Amigorena construit patiemment un grand texte autobiographique dont chaque livre compose un chapitre. Il y ajoute parfois des appendices, ainsi le magnifique Le Ghetto intérieur(P.O.L, 2019) sur la vie de son grand-père. Dans ce nouvel opus, il se souvient de son enfance quand, à 6 ans il quitte avec ses parents son Argentine natale pour l’Uruguay, avant l’exil définitif en France.

Il s’agit d’un épisode particulièrement important puisqu’il débute avec l’apprentissage de l’écriture, qui prendra peu à peu une place primordiale dans cette vie mutique. "J’ai appris à donner à mon silence la forme qu’il a aujourd’hui : une forme littéraire", constate-t-il.

Le silence - "seul symptôme de mon malheur, c’est-à-dire de mon identité" - étant le socle sur lequel se construit l’œuvre d’Amigorena depuis son tout premier livre publié, Une enfance laconique (P.O.L, 1998), héritage douloureux d’une famille marquée par le déracinement, la dictature et la Shoah.

Une profonde mélancolie hante Le Premier Exil, qui débute sur un deuil. L’auteur évoque la lenteur sans fin des jours de vacances, l’arbre qui ornait le jardin familial, les amitiés enfantines englouties par le temps. Une volupté trouble émane de certaines pages, d’une écriture au plus près du corps du petit garçon et de ses sensations, où tout est première fois et découverte. Dans une démarche psychanalytique, Amigorena décrypte toutes sortes d’événements qui refont surface et prennent alors sens. Il retrouve sa langue natale, l’espagnol, rapporte des expressions, de courts dialogues qui reviennent à sa mémoire et qu’il observe depuis sa langue d’écriture.

Ainsi, autour d’interrogations sur le langage, sur l’accent argentin ou uruguayen, sur les diverses traductions possibles d’un même mot, les différentes façons de nommer quelque chose, l’auteur échafaude un texte à la structure complexe, croisant plusieurs temporalités, qui confronte souvenirs d’enfance et réflexions philosophiques.

À travers ce récit, l’auteur de Mes derniers mots (P.O.L, 2015) explore ce qui l’obsède depuis ses premiers textes : la mémoire, la transmission, la perte.

Son livre est ainsi construit comme une enquête où l’intime est toujours lié au collectif, selon une logique qui donne au travail d’Amigorena toute sa puissance : "Pour faire revivre un être, souvent, il faut ressusciter un monde - un monde qui dira à quel point cet être était unique, exceptionnel, et, en même temps, semblable à chaque être qui vivait en ces contrées lointaines ou en cet âge évanoui." Ainsi, il décortique au cours de pages implacables le rôle des États-Unis dans l’installation de la dictature en Uruguay, dictature qui contraint sa famille, parmi bien d’autres, à l’exil.

Mais l’essence de la démarche de l’auteur réside avant tout dans l’écriture elle-même, et ce nouveau livre est passionnant aussi et surtout pour ce qu’Amigorena nous dit de la façon dont il élabore, depuis si longtemps déjà, son autobiographie.

Sylvie Tanette, Les Inrockuptibles, 18 août 2021



Le temps perdu des antipodes

Certains livres demandent qu’on les laisse dormir quelques semaines après les avoir lus. Il faut les oublier, cesser de les écouter pour mieux les apprécier en silence. Le Premier Exil de Santiago H. Amigorena est de ce genre-là. Sa voix reste en tête bien après que l’auteur s’est tu. En le rouvrant, j’ai eu la surprise de découvrir qu’il commençait à Buenos Aires par une description d’agonie. Je croyais avoir passé mon temps en compagnie du jeune écrivain de 7 ou 8 ans dans un arbre, un gomero, gommier des Malouines, à Montevideo en Uruguay, et me voilà à lire comme si c’était la première fois la belle scène de la mort de l’oncle qu’il faut qualifier pour lui rendre sa qualité plastique de « purement littéraire ». L’auteur ne veut pas émouvoir mais rendre les sentiments simples et subtils de l’enfant quant à la mort. Ce morceau rentre ainsi dans la famille des descriptions d’agonie d’ancêtres vue par un enfant, après Chateaubriand, après Dickens, après qui vous voudrez... L’auteur, lui, ne m’en voudra pas car il n’a jamais peur de parler des grands anciens qui l’ont influencé, les mêlant à ses souvenirs d’enfance et de jeunesse. Dès les premières pages sont cités Alice au pays des merveilles ou la Liffey de Joyce, sans parler de Proust, présence continuelle. Comme certains d’entre nous, mais avec plus d’aplomb, Amigorena a visé l’œuvre-vie, le grand livre, Ulysse ou La Recherche. Prendre le temps de travailler à son ouvrage dans le désordre de la mémoire, tome après tome, voilà la tâche ambitieuse de ce bon écrivain français d’origine argentine proche des rives de la soixantaine. Le Premier Exil est le premier tome d’un volet de ses souvenirs dont le second, Une enfance laconique, parut il y a vingt-trois ans. Il se situe en Uruguay, où l’auteur et sa famille se sont réfugiés pour échapper au régime militaire argentin. Exil provisoire puisque les bourreaux paramilitaires, les escadrons de la mort, surgissent dans la nuit de Montevideo pour forcer la famille à s’exiler encore, cette fois-ci en France. L’alternance entre les grâces non sans cruauté de l’enfance et l’apparition progressive du cauchemar, le pire cauchemar : celui « qui ne finit pas », la mort ou la disparition des proches, est la ligne de tension de ce livre faussement indolent et politiquement très ferme, ce qui ne veut pas dire platement « correct ». Nous sommes en présence d’une conscience de gauche aiguisée au fer de la dictature. La présence menaçante du mal trouve son emblème dans l’extraordinaire description en nocturne d’un anaconda glissant avec le bruit « d’un gros tapis épais qu’on traîne sur une pelouse un peu rêche» dans les jardins ceints de barbelés d’une villa sinistre, propriété de la CIA. Heureusement, le gomero ouvre ses branches aux enfants : « Au réveil les jours où n’avions pas école, nous disputions ses diverses niches d’où nous scrutions la rue et ses enfants (Eduardo, "El Flaco" Juancho, Alvaro "Uno" et Alvaro "Dos", Sergio "Lechuzza" Paitrés, et les trois Curcio : "El Rara" Pepetto, l’aîné, "El Pato" Marcelo, le puîné, et Fabio "Chinche" Curcio le frère cadet) qui, âgés de cinq à douze ans, princes séraphiques au langage de voyous, formaient la célèbre bande de Parra del Riego - dont mon frère et moi ne tarderions pas à faire partie.» Amigorena parle une langue française d’une pureté dont les étrangers seuls ont le secret (quel Français pourrait dire d’un frère qu’il est « puîné » sans que cela ne sonne trop bien ?), un français solide chamarré de ces sobriquets propres à la camaraderie espagnole ou sud-américaine et orné d’une élégiaque citation, ces « princes séraphiques au langage de voyous », qui m’a fait penser à Lorca ou à Borges mais dont je n’ai pu trouver l’origine.

On l’aura compris, Amigorena est un flâneur qui n’hésite pas à se perdre dans des digressions pour mieux revenir à ses carrefours comme à ce gomero où il nous entraînera à intervalle régulier, fidèle en cela au prestige enfantin de la routine. Prestige d’autant plus grand que ces lieux, les sobriquets de ses amis ou la petite chienne Céleste apparaissent aux yeux de l’exilé comme des emblèmes du paradis enfui. L’Uruguay, pays où le temps ne passe pas, où certains bus ne passent jamais, prend le relief d’un parage de rêve. Ses plages, ses stations balnéaires, le San Rafael, hôtel Tudor égaré par quelque maléfice dans les dunes de Punta del Este s’impriment dans la mémoire du lecteur au point d’y rester comme de vrais souvenirs qu’on s’approprie.

Simon Liberati, Le Journal du Dimanche, 12 septembre 2021



Un dandy en Uruguay

Les dandys aiment prendre des postures extrêmes et préfèrent parfois l’obscurité à la lumière et le silence au bruit des foules. Santiago Amigorena est de cette espèce. Or, s’il est un point sur lequel celui-ci a échoué, c’est celui d’écrire pour personne : « n’être pas lu serait une véritable réussite », écrit-il dans Le premier exil, qui paraît deux ans après Le ghetto intérieur, roman dont le retentissement a été grand. Ce Premier exil fait écho à Une jeunesse aphone, paru il y a vingt ans, et dans lequel, déjà, il relatait l’exil à Montevideo.


Ce mot de dandy, il apparaît dans un roman singulier de l’auteur, 1978. Santiago Amigorena considère ce texte comme un appendice à son œuvre principale, comme le sont Mes derniers mots et Le ghetto intérieur. L’œuvre principale, celle qui occupe l’auteur depuis 1998, c’est Le dernier livre, écrit par « l’auguste crapaud graphomane » ou le « têtard têtu et aphone » : ainsi se désigne l’auteur. Dans 1978, un narrateur censé avoir été son camarade de lycée dresse son portrait. Il apparaît prétentieux, souvent désinvolte voire arrogant avec ses professeurs mais « sauvé » par une érudition qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. L’excès le rendrait sympathique. Et cet excès, qui caractérise aussi ce texte que nous lisons, il faut l’accepter. Comme son égotisme. Quitte à prendre une récréation.


Lisez l’intégralité de l’article de Norbert Czarny sur En Attendant Nadeau(7 septembre 2021)


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Santiago H. Amigorena, Le Premier Exil, Santiago Amigorena Pascal Paradou RFI 19 octobre 2021




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