Lire

23 janvier 2012, 20h15 par Édith Msika

C'est un petit livre parfait. Il tend les bras, des petits bras de livre. Pris dans ses mains il biche ; (pourtant) ils sont nombreux sur le rayon, mais c'est lui qui a été pris, lui seul, par les mains qui prennent (depuis longtemps).
Ses couleurs, le nom (qui est) inscrit, l'ensemble de ses expansions promises, c'est pratiquement une femme. Vous dites une monstruosité, on n'a pas le droit. Regardez, c'est une friandise, le nom et le prénom sont accordés (à la perfection). Julien et Gracq, Honoré & de Balzac.
Nous prenons le parti de lire, nous sommes (excessivement) sérieux.

Il copie une partition ; c'est Étienne. Sans (aucun) besoin de livre. L'air (est) quelque peu calme, une grosse grappe de raisins figure dans un saladier décoré et très lisse, décoré d'idéogrammes, bleu lacté.
Étienne (est)appliqué à la tâche qu'il entreprend. Depuis qu'il copie la partition, le petit livre serait triste. Il repose là-bas, sans réaction.
Pris dans ses mains, le petit livre dessine quelque chose. Non pris, il gît.
Étienne (et son occupation) énonce les notes, les lit, tape avec une petite règle sur le bord du bureau, les sons se mélangent. On comprendra, bientôt. On comprendra cette affaire qui (s')égrène doucement dans un des âges d'Étienne.

Les pages soulagent (parfois) violemment le lecteur. Étienne et les autres.
Étienne pourrait bailler : il a faim, bientôt faim. Le signe annonciateur de la pause, et puis ses jambes bougent. Il a de récents spasmes dans les jambes, sinon cuisses, parfois mollets. Les stations assises à copier ces interminables partitions, vérifier avec la règle, énoncer les notes, enfin tout ce trafic, l'épuisent (quoiqu'il en dise). Il bondit de son siège, se jette sur une planche recouverte de mousse et de skaï noir, se renverse sur sa pente, et brutalement se lance dans une dizaine d'abdos. Respirer comment, il a oublié, expire, inspire (au petit bonheur).

Pendant ce temps, le petit livre attend, sans impatience, ce n'est qu'un livre au fond. Quelqu'un le lira, peut-être même à voix haute. L'univers est en expansion.
 

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