— Paul Otchakovsky-Laurens

Exercice de poésie pratique N° 3

28 novembre 2013, 18h14 par François Matton

Comme tout le monde, vous êtes noyé dans les problèmes. Et comme tout le monde, vous préféreriez être noyé dans la béatitude. N’en faites pas un problème de plus. Noyez-vous sans plus tarder dans la béatitude. Je vous indique la marche à suivre.

Remarquez tout d’abord que si la source de vos problèmes semble intarissable, il n’est pas absolument sûr qu’elle le soit. Peut-être arriverez-vous un jour à l’assécher définitivement. Bonne chance.

En revanche, la source de la béatitude, elle, est bel et bien intarissable. Si vous parvenez à la localiser, vous pourrez vous y vautrer éternellement. Ceci n’est pas une promesse creuse, vous allez le constater par vous-même dans un petit instant. Il suffit pour cela de comprendre que cette source bienheureuse ne se situe nulle part dans le monde. Ni à Manosque, ni à San Francisco, ni à Taipei. Nulle part. Il faut insister : tant que vous la chercherez quelque part vous ferez fausse route.

Maintenant, trouvez ce qui ne se situe nulle part.

C’est non seulement possible mais c’est un jeu d’enfant. Je vous vends la mèche : ce qui ne se situe nulle part est le regard, la vision. Ce qui voit toute localisation n’est pas localisable. Inversez l’orientation ordinaire du regard. Ne regardez plus vers les objets mais tournez votre attention vers ce qui regarde les objets. Là est la source de la béatitude, accessible à tout instant.

Bon bain.
 

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